Burundi/Nations Unies – « Les Nations Unies n’ont aucun agenda caché contre le Burundi » – IWACU


Enseignant en sciences politiques et relations internationales, l’ambassadeur Cyprien Mbonimpa, ancien ministre des Affaires étrangères, analyse la reprise du dialogue entre l’ONU et Gitega.

Qu’est-ce qui motive Gitega à renouer les liens avec les Nations Unies ?

D’une part, les Nations Unies en tant qu’organisation à vocation universelle doivent tout faire pour garder le contact et le dialogue avec tous les Etats qui composent cette organisation. Donc avoir de mauvaises relations avec un Etat membre est en quelque sorte un échec pour les Nations Unies.
De l’autre côté, le Burundi n’a aucun intérêt à garder des relations conflictuelles avec les Nations Unies. N’oubliez pas que les Nations Unies sont présentes au Burundi depuis 1962 et même avant l’indépendance du Burundi. Cette organisation a supervisé les élections de 1961 qui ont conduit à l’indépendance du Burundi. Le système des Nations Unies a fait beaucoup pour le développement économique et social du Burundi à travers beaucoup de projets. Dans son effort de lutte contre la pauvreté notamment à travers le plan de développement 2018-2027, le Burundi a besoin de la contribution du système des Nations Unies.

A la suite de la visite d’une mission onusienne ces derniers jours, y a-t-il lieu de parler déjà de réchauffement diplomatique entre le Burundi et les Nations Unies ?

Cette visite de la délégation des Nations Unies est un bon début, car le dialogue est rétabli au haut niveau. Maintenant, rétablir le dialogue ne signifie pas que les problèmes sont automatiquement réglés. Il faudra voir les problèmes qui ont créé cette tension dans les relations entre le Burundi et les Nations Unies. Il s’agit de la crise de 2015 qui a soulevé beaucoup d’inquiétudes dans le monde, surtout au sujet de la question des droits de l’Homme. Une commission d’enquête des Nations Unies a été mise en place et elle produit régulièrement des rapports qui ne font pas plaisir au Gouvernement du Burundi. Par ailleurs, la question du Burundi est inscrite dans l’Agenda du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cela ne fait pas plaisir au gouvernement burundais qui demande instamment d’en être retiré. Toutes ces questions et beaucoup d’autres devront faire l’objet de discussions entre les Nations Unies et le Burundi.

Quand on analyse de près, quel est le nœud du problème entre les Nations Unies et le Burundi ?

Les Nations Unies n’accusent pas le Burundi d’être un pays agresseur c’est-à-dire un pays qui viole la charte des Nations Unies en attaquant d’autres Etats. Quand on lit les rapports des Nations Unies, c’est la question des droits de l’Homme au Burundi qui préoccupe cette organisation. Nous savons que le respect des droits de l’Homme dans le monde est inscrit parmi ses priorités. Quand nous écoutons les dirigeants du Burundi, en particulier le président Evariste Ndayishimiye, tous proclament leur détermination à faire respecter les droits de l’Homme au Burundi.

Dans ces conditions, un terrain d’entente entre les Nations Unies et le Burundi devrait être trouvé car il s’agit en définitive du respect des droits humains pour le Burundi et les burundais.

Dans son allocution lors de la 75e Assemblée générale de l’ONU, le président Ndayishimiye a jugé que le fait que le Burundi figure dans l’agenda du Conseil de Sécurité constitue un facteur de déstabilisation pour le pays. Votre commentaire.

Il n’est jamais agréable pour un pays de figurer dans l’agenda du Conseil de Sécurité. Lorsque c’est le cas, cela a beaucoup d’implications. Cela veut dire notamment que la situation dans ce pays risquerait de menacer la paix dans le monde. Pour ce qu’il en est du Burundi, il y a eu une crise en 2015 qui a beaucoup inquiété la communauté internationale, les répercussions au niveau du pays : la survie de l’Accord d’Arusha qui avait été négocié en 2000 et soutenu par l’ONU. Il y a aussi des répercussions au niveau de la région parce que des troubles dans un pays provoquent une insécurité dans les pays frontaliers, notamment la crise des réfugiés qui migrent dans les pays voisins. A titre d’exemple, la présence de réfugiés burundais au Rwanda a créé des tensions entre le Rwanda et le Burundi. Mais comme le dialogue a commencé entre le Burundi et les Nations Unies, espérons que toutes ces questions seront examinées et que des solutions pourront être trouvées.

Vous pensez justement que ce dialogue produira du positif ?

Lorsque le dialogue démarre, c’est toujours une bonne chose. Il y a certainement des questions qui préoccupent les Nations Unies et le Burundi doit se préparer à ce dialogue. Je pense que c’est l’amélioration de la situation sur le terrain au Burundi qui apportera des changements dans les rapports avec le reste du monde. Les Nations Unies n’ont aucun agenda caché contre le Burundi. Quand j’écoute certains de mes compatriotes, on a l’impression que le Burundi est un pays persécuté par le reste du monde. C’est complètement absurde. Il y a certainement des pays qui ont des intérêts au Burundi, nous avons aussi des intérêts à défendre. Acceptons le dialogue dans le respect de la souveraineté des Etats.

A ce propos, pourquoi ladite mission a jugé nécessaire de récolter les avis d’organisations régionales ?

Vous savez que le Burundi est membre de beaucoup d’organisations régionales comme l’EAC, le COMESA, la CEEAC et l’Union Africaine. Toutes ces organisations se sont inquiétées à un moment donné de la situation au Burundi et ont multiplié leurs efforts pour essayer de résoudre la crise burundaise. Vous vous souvenez que l’Union Africaine a envoyé au Burundi une délégation de haut niveau composée de chefs d’Etats. La crise de 2015 a également créé un mauvais climat dans les relations entre le Rwanda et le Burundi. Toutes ces questions inquiètent les Nations Unies. Après avoir rencontré les dirigeants du Burundi, cette délégation des Nations Unies veut certainement connaître le point de vue des pays de la région et de l’Union Africaine non seulement sur la situation au Burundi, mais aussi sur l’ensemble de la région.

Mais pourquoi consulter l’Afrique du Sud qui est non seulement non membre de l’EAC, mais aussi pas impliquée dans la résolution de la crise politique de 2015 ?

L’Afrique du Sud est un pays qui s’est beaucoup impliqué dans la résolution de la crise burundaise. Rappelez-vous le rôle joué par l’ancien président sud-africain Nelson Mandela. L’Afrique du Sud est un pays dont la voix compte dans les questions africaines et internationales. Enfin, le président sud-africain assure pour le moment la présidence tournante de l’Union Africaine.

Parlant du mauvais climat entre le Rwanda et le Burundi, les Nations Unies peuvent-elles favoriser la reprise des liens entre Gitega et Kigali ?

Il est évident que chaque fois qu’il y a des tensions entre deux pays, cela préoccupe l’ONU. Mais je pense que c’est une question qui devra d’abord être résolue au niveau des deux pays. Il y a déjà un contact qui a été établi. Pour organiser le rapatriement des réfugiés, il y a eu un contact entre le Burundi, le Rwanda et le HCR. Outre les discours officiels, il y a aussi des contacts diplomatiques plus discrets qui sont menés. La diplomatie ne se fait pas seulement à travers les grands discours. Bien sûr, les chefs d’Etats donnent les grandes orientations. Mais il peut y avoir des contacts informels et, le moment venu, les Nations Unies peuvent donner un coup de main.

Propos recueillis par Alphonse Yikeze



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