Burkina : La traite d’une politique sans conscience !


Les élections riment avec initiatives de séduction et conquête de l’électorat. Dans cette course, les meetings et autres rassemblements populaires occupent une place de choix dans les stratégies de mobilisation des uns et des autres. Si l’on peut ne pas avoir à piper mot sur ces canaux de ratissage, on peut cependant déplorer que des dispositions légales et des mesures d’intérêt public soient violées par ceux-là qui partent à la conquête des institutions de gouvernance via les élections.

En effet, dans l’après-midi de dimanche 4 octobre 2020, dans l’arrondissement N°11 de Ouagadougou (quartier Karpala), une organisation politique a royalement dressé son dispositif sous les pylônes, entre les lignes électriques à haute tension, pour y tenir son meeting de soutien à un candidat à la présidentielle. Alors que le ministère de l’Energie a lancé, pas plus tard que le 15 septembre 2020 à Zagtouli (Ouagadougou), une campagne de sensibilisation des populations aux dangers par rapport aux couloirs des lignes électriques. C’est du reste un message qui est régulièrement rappelé à l’intention des populations.

A 14h, l’espace enregistrait ses premiers arrivants

Comment convaincre donc celles-ci, si les acteurs qui sont censés imprimer ces mœurs publiques-là et aider à l’application de ces mesures, sont les premiers à se foutre d’elles ? Que faut-il comprendre, lorsque ces attitudes viennent des rangs du pouvoir lui-même ? Pour le cas d’espèce, l’aire du meeting qui côtoie les lignes électriques, pour ne pas dire se situe sous les lignes, a donné l’occasion à voir des attitudes à donner des frissons. Autour de 14h10, alors que le lieu enregistrait les arrivées, certains participants n’ont trouvé d’autres refuges pour patienter que de se mettre dans les entrailles des pylônes (images). Cette activité se tient en ce lieu, alors que la veille (c’est-à-dire dans la nuit de samedi à dimanche), Ouagadougou enregistrait une très grosse pluie (ce qui serait un facteur qui augmente les risques).

La tente VIP attendant ses occupants

C’est dans ce jeu de je ‘’m’en-foutisme’’ que les Burkinabè ont également assisté à la violation des mesures contre le Covid-19, édictées par les plus hautes institutions du pays et relayées par les échelons de l’administration. Pendant que les mesures sont toujours en vigueur et que les messages de sensibilisation passent dans les médias, des partis politiques ont simplement fait le contraire de ce qu’ils prêchent à longueur de journée. Les congrès d’investitures du MPP (parti au pouvoir), de l’UPC, du CDP… ne témoigneront pas du contraire.


Pourtant, ce sont les mêmes qui ont défilé devant le CORUS (ministère de la Santé) pour remettre du matériel et/ou des soutiens financiers pour, dit-on, protéger les populations contre la pandémie. Peut-on à la fois construire en déconstruisant ?

Alors que l’on pensait que ces moments de rassemblement étaient également une opportunité de sensibilisation sur des phénomènes et des préoccupations de l’heure. N’avoir d’yeux et d’oreilles que pour les voies électorales qu’on veut engranger est un comportement pernicieux qui doit se vivre de moins en moins au Burkina. Tant dans la forme (l’approche de l’électorat) que dans le fond (les discours populistes, des promesses démagogiques…doivent faire place au langage d’éducation, d’unité, de vision pour la société…).


Si les acteurs politiques, ou en politique, refusent de jouer leur mission d’éducation (mission dévolue par la Constitution), il va falloir que les populations elles-mêmes apprennent des réflexes à leurs dirigeants, pour ne pas dire les éduquent. Cette dernière option devra être l’ultime recours ; c’est un réflexe de survie. En d’autres termes, les populations devront rester vigilantes vis-à-vis de certaines pratiques, pour ne pas continuer à s’exposer de la sorte à toutes les dégradations.

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net





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