Afrique: Les enjeux de l’industrialisation


L’ancien ambassadeur et économiste, Pierre Jacquemot, rappelle l’enjeu de l’industrialisation, en l’Afrique. Il revient sur les questions clés que posent la notion de contenu local d’une production et les contraintes environnementales.

Pierre Jacquemot a évoqué les atouts de l »industrialisation de l’Afrique et le saut technologique que peut réaliser le continent, grâce aux méthodes de production modernes, respectant des normes sociales et environnementales. « Le défi de l’industrialisation de l’Afrique ne pourra être relevé qu’avec des institutions publiques efficaces et une approche coordonnée entre secteur public et privé  » , a-t-il expliqué.

Cependant, il s’interroge sur l’existence d’une stratégie commune, continentale. Dans le dernier spécial de Proparco, consacré à l’industrialisation de l’Afrique, l’économiste note que l’industrialisation est devenue un thème majeur dans tous les programmes associés à  » l’émergence africaine « .

Conformément à l’Agenda 2063 de l’Union africaine, l’industrialisation se retrouve dans tous les plans ou stratégies industrielles du continent. Ces stratégies ont des caractéristiques identiques, notamment capitaliser les ressources minières, forestières ou agricoles, créer les conditions optimales à l’amélioration du climat des affaires. Mais ces stratégies misent surtout sur des partenariats publics-privés, encouragent les opérations de coproduction, ou s’appuient sur les technologies de la révolution industrielle. Face aux contraintes de l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales, l’industrialisation, par substitution aux importations, retrouve des partisans.

Désormais, le modèle de référence se conçoit le plus souvent sur une base régionale. Le mouvement est prometteur, avec le lancement de la Zone de libre-échange continentale. La Commission économique pour l’Afrique a exhorté, en mars dernier, les États à accélérer le processus d’opérationnalisation. L’opportunité d’inventer un nouveau modèle de développement est clairement dévoilée. La réduction des entraves réglementaires et douanières devrait aider, et l’éclosion de la classe moyenne devrait participer à la formation d’un marché intérieur qui pèse déjà 250 milliards de dollars.

La crainte d’une concurrence exacerbée

Plusieurs pays ont mis en place des « clusters » tournés vers le transfert vertical de technologie et la réduction des coûts de transaction, notamment fiscaux, dans un espace offrant un climat industriel favorable à l’innovation. Une cinquantaine de Zones économiques spéciales constituent la forme la plus aboutie de ce modèle. Le regroupement d’entreprises (comme à Otigba, au Nigeria) constitue un modèle différent. Il est centré sur les technologies de l’information et la promotion de PME.

Pierre Jacquemot rappelle, cependant, que  » les clusters ne sont pas la panacée quand la concurrence entre pays voisins conduit au nivellement par le bas et quand ils deviennent des zones de non-droit pour les travailleurs ».

Les pays africains donnent plutôt la priorité au « contenu local », fait-il observer. Il souligne que les investisseurs étrangers utilisent une certaine proportion de ressources locales pour la production de biens ou la prestation de services. Une logique répandue dans les industries pétrolières et minières, qui se propage à d’autres industries.



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