A Madagascar, les femmes paient un lourd tribut de la crise provoquée par le Covid-19



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Les femmes malgaches paient un lourd tribut de la crise économique et sociale engendrée par le Covid-19. C’est le constat du CNFM, le Conseil national des femmes de Madagascar. L’organisation qui regroupe des associations de tout le pays alerte sur la situation de nombreuses femmes malgaches, déjà précaire, et qui s’est nettement dégradée depuis la pandémie de coronavirus : perte d’emplois, détérioration de leur santé ou encore recrudescence des violences.

Avec notre correspondante Antananarivo,

Malgré le déconfinement et la reprise des activités quotidiennes, Tina, 41 ans, n’a pas pu retrouver sa vie d’avant la pandémie de coronavirus et son emploi de gardienne. Assise sur le trottoir, une grande bassine sur les jambes, elle vend des œufs aux passants

« Depuis la perte de mon travail, j’ai fait tous les petits boulots que j’ai pu trouver : livrer des bidons d’eau, laver du linge et là je vends des œufs sur le bord de la route. Mon mari n’a pas de travail. Les femmes ont beaucoup souffert de la crise. Ce sont elles qui font ce genre de boulots pour trouver l’argent, qui s’occupent des enfants, préparent des inhalations le soir pour protéger la famille de la maladie. »

Des emplois dans le secteur informel occupés principalement par des femmes fait remarquer le Conseil national des femmes de Madagascar. Un secteur qui a beaucoup souffert pendant le confinement. Au lavoir d’Amparibe, dans le centre de la capitale, les lavandières comme Dominique, en témoignent. Elle élève seule ses quatre enfants. L’aide sociale de 100 000 ariary (23 euros) distribuée par l’Etat qu’elle a reçue deux fois ne lui a pas permis de garder la tête hors de l’eau.

« Je n’ai pas pu travailler pendant pratiquement cinq mois. Maintenant je lave le linge à une ou deux familles, trois maximum alors qu’avant j’en avais cinq par jour. On a même diminué nos prix pour avoir des clients. On a vendu tout ce qu’on a à la maison :la télévision, la radio, le lit, des vêtements, des assiettes parce qu’il y a le loyer à payer mais pas de salaire. Il nous reste deux marmites et quatre assiettes. »

A côté, Ginah, 30 ans, trois enfants, a vu sa relation avec son mari se dégrader. « On s’est disputés chaque jour parce qu’il n’y avait pas à manger. Ce sont les femmes qui pensent à tout, à ce que vont manger les enfants. Les hommes non. Mon mari ne s’en préoccupe pas. J’ai trouvé des petits boulots mais lui non. Faire le ménage, laver le linge pour gagner un peu d’argent. Ce ne sont pas les hommes qui font ça. Les femmes doivent se débrouiller. »

Le Conseil national des femmes de Madagascar demande au gouvernement de remédier à cette précarisation des femmes en les prenant en compte dans ses politiques de redressement post Covid-19. « Notre rôle est de tirer la sonnette d’alarme pour que les autorités étatiques et les partenaires techniques et financiers intègrent le genre dans toutes politiques de relance. A Madagascar, même avant la crise sanitaire du Covid-19, les femmes étaient déjà classées parmi les groupes de personnes vulnérables et la crise n’a fait que renforcer cette vulnérabilité donc nous lançons un appel envers les autorités étatiques pour qu’elles adoptent beaucoup plus de mesures sociales et des mesures qui correspondent aux besoins particuliers des femmes. Nous avons des besoins spécifiques sur la maternité, le planning familial, les risques de grossesses non désirées, l’avortement, la violence faites aux femmes, etc », détaille Estelle Andriamasy, la présidente du CNFM.



rfi

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