Brexit : les Européens à l’heure des choix



Publié le 14 oct. 2020 à 19:06

Débloquer le jeu à deux mois et demi du choc. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens se réunissent, ces jeudi et vendredi à Bruxelles, pour un sommet qui s’annonce décisif dans la grande négociation du Brexit.

Alors que Boris Johnson avait fixé à la mi-octobre la date limite pour un accord concernant la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni, les Vingt-Sept ont certes l’intention de rester maîtres des horloges : selon une source diplomatique européenne, « la plupart des Etats-membres s’attendent à ce que la négociation déborde sur le mois de novembre ». Mais les discussions de ce jeudi, à Bruxelles, n’en seront pas moins déterminantes, tant le temps presse. Elles auront vocation à donner une impulsion politique dans un moment perçu par tous comme l’heure de vérité .

Mécanismes créatifs

Un signal politique positif a récemment été envoyé par Londres. David Frost, le négociateur britannique, a déclaré qu’en matière d’encadrement des aides d’Etat, il était prêt à aller « plus loin que ce qui se fait habituellement dans les accords de libre-échange ».

Ce point est en effet l’un des plus complexes dans la négociation. En cas d’accès britannique illimité au marché européen, Bruxelles veut absolument s’assurer que Londres n’accordera pas d’avantage indu à ses entreprises nationales via des mécanismes de subvention. Mais Londres, soucieuse de retrouver sa souveraineté, se refuse à tout alignement définitif sur les règles européennes.

A Bruxelles, des mécanismes créatifs sont à l’étude, par lesquels Londres s’engagerait à suivre des principes rigoureux en matière d’aides d’Etat, mais ne renoncerait pas à sa propre autonomie réglementaire. Il resterait à définir les moyens de résoudre les éventuels différends. « Il n’y a pas une seule route qui mène à Rome et nous pourrions nous pencher sur des alternatives », résume une source diplomatique. 

Maximalisme

Ce frémissement sur la question des aides d’Etat contraste avec la situation de blocage au sujet de la pêche. Un dossier extrêmement sensible politiquement et où apparaissent clairement des différences d’analyses entre Etats-membres, ce qui pourrait tester l’unité du bloc lors de ce sommet européen. Huit Etats côtiers pêchent massivement dans les eaux britanniques et affichent la volonté, depuis le début de la négociation, de préserver cet accès. Ils invoquent notamment le fait que plus de 70 % des produits de la pêche britannique sont, en retour, distribués sur le marché européen. D’où leur volonté de lier cette négociation à l’ensemble du bras de fer sur la relation future. 

Londres, de son côté, entend bien retrouver la souveraineté sur ses eaux. Deux positions maximalistes s’opposent. « Il va pourtant bien falloir trouver un juste milieu », lâche un proche des tractations. Alors que Michel Barnier a tenté d’obtenir une marge de manoeuvre afin de trouver un compromis sur ce dossier, les Etats-membres ont refusé, à ce stade, d’élargir son mandat. Paris, tout particulièrement, affiche une grande fermeté, redoutant de voir la pêche sacrifiée sur l’autel d’ un accord que tous savent essentiel , ne serait-ce que pour limiter le choc économique.

Faire bouger les lignes

Cette réunion des dirigeants européens devrait donc être l’occasion pour les Vingt-Sept d’amorcer entre eux un débat sur les moyens de faire bouger les lignes. « Dans une négociation, il y a un moment où le mandat du négociateur doit nécessairement évoluer », résume une source européenne selon laquelle l’heure est venue de « tout doucement se familiariser avec l’idée que nous n’obtiendrons peut-être pas dans cet accord tout ce que nous avions demandé initialement ». Après l’ère des principes, celle du réalisme pourrait être en train de poindre.



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