Brexit : les Européens refusent de céder à la panique



Publié le 15 oct. 2020 à 23:16Mis à jour le 15 oct. 2020 à 23:24

Messieurs les Anglais, bougez les premiers. Les dirigeants européens, durant leur première journée de sommet à Bruxelles , se sont refusés à céder à la pression du temps, suscitant la déception explicite de Londres.

Alors que Boris Johnson, le Premier ministre britannique, avait fixé à la mi-octobre la date limite pour parvenir à esquisser un compromis politique au sujet de la relation future entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, les dirigeants ont tenu à rester maîtres des horloges. En témoigne le fait que leurs conclusions à ce sujet appellent Michel Barnier, leur négociateur en chef, à simplement « continuer les négociations ». Une version antérieure du texte préconisait une intensification des tractations. Mais pour les Vingt-Sept, pas question d’affecter la moindre inquiétude : le message implicite est que c’est à Londres de mesurer les risques d’une absence d’accord.

Postures

La réaction du Royaume-Uni ne s’est pas fait attendre. David Frost, le négociateur en chef britannique, a très vite déclaré, sur Twitter, qu’il était « déçu » par les conclusions du Conseil européen, ajoutant être « surpris que l’UE ne s’engage plus à travailler intensément » pour parvenir à un compromis. David Frost se dit également « surpris de la suggestion que pour obtenir un accord, tous les prochains gestes devront venir du Royaume-Uni ». Et d’ajouter que c’est, selon lui, « une approche inhabituelle pour mener une négociation ». Dans leurs conclusions, les dirigeants européens appellent en effet le Royaume-Uni à « faire les gestes nécessaires pour rendre possible un accord ». Boris Johnson a promis de donner vendredi sa réaction « en vue de sa déclaration du 7 septembre ». Laquelle fixait l’échéance des tractations à la mi-octobre. 

Des deux côtés, les postures sont claires : il s’agit de se dire prêt à un accord à condition que l’autre fasse un premier pas. Quitte à se rapprocher dangereusement de la date à laquelle il sera trop tard – les procédures de ratification d’un éventuel accord impliquent de se laisser de la marge avant la date fatidique du 31 décembre 2020. A leur arrivée à Bruxelles, la plupart des dirigeants européens semblaient d’ailleurs s’être passé le mot, déclarant à l’unisson que l’UE était prête à un accord, mais « pas à n’importe quel prix »

Dernière ligne droite

La réalité, elle, est plus nuancée. En témoigne le fait que Michel Barnier va conduire, toute la semaine prochaine à Londres, « y compris le weekend » si besoin, de nouvelles tractations avec les équipes de négociateurs britanniques. Une intensification qui ne dit pas son nom. En témoigne également le fait que les Vingt-Sept, tout en affichant leur unité, commencent à discuter des moyens d’avancer en direction d’un compromis, en particulier sur le sujet très délicat de la pêche. « Nous n’allons pas pouvoir éternellement dire aux Britanniques que strictement rien ne peut changer pour les pêcheurs européens », plaide un diplomate d’un Etat peu concerné par les problématiques des pêcheurs. La dernière ligne droite est en vue, mais pour des raisons de tactique de négociation, personne ne se risque à le dire trop clairement.



A lire aussi

Laisser un commentaire