Affaire Navalny : l’Europe fait bloc pour sanctionner des proches de Poutine



Publié le 15 oct. 2020 à 17:28

Les relations continuent de se crisper entre l’Union Européenne et la Russie. Ce jeudi, les dirigeants européens ont sanctionné plusieurs « hommes du président » Poutine pour l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, avant un sommet à Bruxelles. L’objectif : prouver à Moscou qu’ils sont prêts à utiliser leurs armes politiques et économiques pour faire respecter le droit international.

Si Moscou dément toute implication dans l’empoisonnement de l’opposant Alexeï Navalny, au moyen d’un agent neurotoxique du groupe Novitchok, l’institution européenne est de son côté persuadée que « l’empoisonnement d’Alexeï Navalny n’a été possible qu’avec le consentement de l’administration présidentielle », souligne la décision publiée au Journal officiel de l’UE. Les Européens reprochent également à la Russie une tentative de déstabilisation de la Libye.

Les deux actions violent le droit international et des résolutions de l’ONU. L’Union a pris le temps pour réunir des preuves afin que ses sanctions soient inattaquables en justice. Le Royaume-Uni, qui a quitté l’UE, et la Norvège se sont associés à ces sanctions.

Pas une surprise pour Moscou

Les dirigeants européens lancent avec ces mesures un avertissement implicite au président turc Recep Tayyip Erdogan, engagé dans les conflits en Libye, en Syrie et au Nagorny-Karabakh, et qui viole le droit international avec des forages illicites dans les eaux riches en hydrocarbures de Chypre et de la Grèce. La seconde journée du sommet européen, vendredi, sera consacrée à la politique étrangère et aux relations avec Ankara.

Les sanctions officialisées jeudi ne sont pas une surprise pour Moscou. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a informé mardi son homologue russe Sergueï Lavrov de leur adoption et de leur portée. « Avec cette décision, le Conseil de l’UE nuit aux relations avec notre pays », a affirmé jeudi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. La réponse de Moscou « sera conforme aux intérêts de la Russie », a-t-il ajouté.

« Nous voulons comprendre ce que veut l’UE. Bien sûr, la politique actuelle de l’UE ne restera pas sans conséquences », avait averti mercredi Sergueï Lavrov. « La Russie est notre voisin, la Russie partage ce continent, mais nous ne saurions céder, renoncer à nos principes et nos ambitions en particulier quand il s’agit des armes chimiques », a expliqué le président français Emmanuel Macron à son arrivée au sommet.

L’UE se montre unie

Les sanctions décidées jeudi contre six membres de l’administration présidentielle et un homme d’affaires influent proche du président russe, Evguéni Prigojine, sont symboliques : ils seront interdits de visas et leurs avoirs dans l’UE seront gelés. Mais elles ont été décidées à 27, sous l’impulsion de Paris et Berlin. L’Union démontre ainsi avoir retrouvé son unité, mise à mal avec le blocage par Chypre des sanctions contre le régime d’Alexandre Loukachenko au Bélarus.

Nicosie a levé ses réserves après avoir obtenu le recours à des sanctions contre la Turquie. « Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition », a averti la présidente de la Commission Ursula von der Leyen à l’issue du sommet européen début octobre. Un dispositif comprenant des mesures économiques lourdes de conséquences pour la Turquie a été préparé et est « prêt à être utilisé immédiatement », a-t-elle précisé. Quinze jours après, les dirigeants européens peuvent décider s’il est nécessaire de l’enclencher.

« Nos discussions de demain à coup sûr traduiront l’exigence qui doit être la nôtre compte tenu des événements récents », a averti Emmanuel Macron. L’Union a dans cet esprit décidé en début de semaine de sanctionner le président Loukachenko et des membres de sa famille pour tenter de faire cesser la répression.

Source AFP



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