Afrique du Sud: le gouvernement peine à sauver South African Airways



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En Afrique du Sud, la crise du Covid-19 a fortement touché le secteur de l’aviation, alors que le pays a fermé ses frontières pendant six mois. La pandémie a fini de mettre à terre la compagnie publique SAA, la South African Airways, qui était déjà très mal en point après des années de corruption. Depuis décembre, la société d’aviation est en redressement, et elle vient désormais de suspendre ses opérations. Depuis la présentation du plan de sauvetage, en juin dernier, le destin de SAA reste en suspens, alors que le gouvernement se fait attendre pour débloquer l’argent nécessaire pour sa restructuration.

L’entreprise est toujours dans l’attente des 500 millions d’euros promis par le gouvernement pour sa remise à flot. Un duel s’est installé entre le ministre des Entreprises publiques, favorable au sauvetage, et le ministre des Finances, beaucoup plus réticent.
Pour les syndicats, comme le Mouvement National des Transports (NTM) et son président Mashudu Raphetha, ce sauvetage est non-négociable : « SAA n’est pas morte ! Et la liquidation n’est pas une option, pour cause de la fierté nationale, et de développement. On pense qu’un partenaire stratégique pourra être trouvé, et les travailleurs pourront alors revenir. Pour l’instant plus de 3 000 employés ont accepté des indemnités de départ volontaire. »

Ethiopian Airlines a proposé d’apporter son aide, mais le soutien se limiterait simplement à un apport en avions, en équipage, et en services de maintenance. Selon le spécialiste de l’aviation Joachim Vermooten, il est peu probable que des investisseurs privés souhaitent désormais miser sur compagnie sud-africaine : « Il n’y a pas beaucoup d’autres compagnies aériennes intéressées. La pandémie de Covid-19 a mis l’industrie de l’aviation à genoux, donc le climat n’est pas propice. Et qui voudrait mettre beaucoup d’argent dans une compagnie en faillite, sans en avoir le contrôle ? Une telle décision semble très peu probable. »

Sous la présidence de Jacob Zuma, South African Airways s’est lourdement endettée, et elle n’a plus enregistré de bénéfices depuis près de 10 ans. Sylvain Bosc a vu la compagnie s’effondrer sous ses yeux, alors qu’il était son directeur général adjoint entre 2014 et 2017 : « C’est une compagnie qui était une magnifique entreprise, extrêmement compétente et performante, qui a malheureusement été sabordée par des années d’incompétence et de corruption. Et cela a donné lieu à une catastrophe industrielle. »

Selon cet ancien cadre, devenu consultant indépendant, il est de toute façon déjà trop tard pour tenter de sauver ce qu’il reste : « Si cela devait être un choix rationnel, clairement on aurait opté pour une liquidation, puisqu’il n’y a pas vraiment de place aujourd’hui pour SAA dans le marché. L’Afrique du Sud, contrairement à d’autres pays africains, dispose d’une alternative privée. Et malheureusement l’image de la compagnie est durablement ternie auprès de tous les opérateurs de tourisme. Et d’autres part sur le réseau, le marché est parti ! Le marché est fluide, et tous les trous sont bouchés. »

Le discours sur le budget prévu le 28 octobre devrait apporter quelques réponses pour la compagnie. Mais pour la financer, le gouvernement devra se servir de ressources dont pourraient avoir besoin d’autres secteurs.



rfi

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