Brexit : la tension entre Londres et l’UE à son maximum



Publié le 16 oct. 2020 à 17:25Mis à jour le 16 oct. 2020 à 17:47

Les négociations les plus difficiles passent souvent par un moment de crise maximale. Au terme du Sommet européen qui s’est achevé vendredi à Bruxelles , les deux camps qui s’opposent dans la bataille du Brexit se sont ainsi renvoyé la responsabilité de l’impasse actuelle. Et ont affiché la même feinte indifférence face à la perspective d’une absence d’accord entre Londres et les Vingt-Sept sur leur relation future. De quoi porter la tension à son comble, sans pour autant fermer la porte à un éventuel compromis. 

Du côté des Européens, l’exercice de communication a été plutôt maîtrisé. Tous unis, à leur arrivée à Bruxelles, pour affirmer qu’ils souhaitaient un accord « mais pas à n’importe quel prix », les dirigeants de l’UE ont ensuite réaffirmé leur soutien à leur négociateur en chef, Michel Barnier, mais en jouant la carte de la sérénité par rapport au calendrier . Une façon de rappeler à Boris Johnson que la date du 15 octobre, qu’il avait fixée comme limite pour esquisser un compromis politique, n’était pas la leur. Ils ont surtout appelé Londres à « faire les gestes nécessaires pour rendre possible un accord »

Les 27 « pas là pour rendre heureux » Boris Johnson

Dans ses déclarations de sortie de sommet, Emmanuel Macron, désormais en première ligne du camp européen en termes de fermeté, n’a pas mâché ses mots. Il a d’abord affecté le flegme de celui qui ne craint rien : Londres a « bien plus encore que nous besoin d’un accord », a-t-il estimé. Il a ensuite qualifié « d’intoxication informationnelle » et de « tactique » l’idée selon laquelle la question de la pêche si chère aux Français risquerait, à elle seule, de tout faire échouer : la négociation n’est « pas en train d’achopper sur la pêche, mais sur tout », a-t-il lancé. 

Il a également fustigé l’attitude du Royaume-Uni, qui n’a pas « pris de manière sérieuse » la négociation. Et de brandir des arguments sonnants et trébuchants : si les pêcheurs européens devaient renoncer aux eaux britanniques, ce serait un manque à gagner (750 millions d’euros par an) très inférieur à ce que perdrait Londres en renonçant au marché européen de l’énergie (entre 750 millions et 2,5 milliards), a-t-il calculé. Tout en reconnaissant qu’un compromis nécessitait des efforts des deux parties, le président de la République a prévenu que « les dirigeants des Vingt-Sept n’ont pas vocation à rendre heureux le Premier ministre de Grande-Bretagne »

« Changement fondamental d’approche »

Boris Johnson n’y est pas non plus allé de main morte, vendredi. Sans claquer formellement la porte des discussions avec l’UE, il a regretté « l’abandon, par Bruxelles, de toute idée d’accord de libre-échange sur le modèle de celui conclu par les Européens avec le Canada », en dépit des demandes répétées de Londres. Et il a prévenu qu’à moins d’un revirement de l’UE, il était désormais « temps pour les entreprises britanniques de se préparer à un scénario de no deal ».« Venez nous voir en cas de changement fondamental d’approche, a-t-il lancé aux Vingt-Sept. Sinon cela nous va très bien de parler des détails pratiques » pour limiter les dégâts immédiats d’un Brexit sans accord. 

Vidéo. L’allocution de Boris Johnson

« De notre point de vue, les négociations commerciales sont finies. L’UE y a de facto mis fin et cela ne vaudra la peine de se parler qu’en cas de changement fondamental de sa position », allait même jusqu’à dire ensuite son porte-parole. Des propos qui n’ont pas manqué d’inquiéter les représentants des entreprises britanniques, vendredi, au premier rang desquelles les commerçants du BRC (British Retail Consortium).

La pêche au finish

Entre Londres et l’UE, les couteaux sont désormais tirés. Mais faut-il y voir les signes avant-coureurs d’un échec de la négociation ? Il est trop tôt pour l’affirmer. D’abord parce que la première négociation entre Londres et les Vingt-Sept, qui portait sur l’accord de retrait, avait également dû passer par une telle phase de dramatisation, préalable à un déblocage dans la dernière ligne droite. Ensuite parce que, comme le confirme une source diplomatique européenne, « nous avons toujours su que cet accord se jouerait, au final, sur un bras de fer au sujet de la pêche ». Un bras de fer inévitable compte tenu de la portée symbolique et politique du sujet des deux côtés de la Manche, et compte tenu du fait que Londres tient là l’un des rares dossiers pour lesquels il a en main les meilleures cartes. 

Dès le début et sous la pression d’Etats comme la France, les Européens ont gravé dans le marbre qu’ils feraient d’un accord sur la pêche une des conditions sine qua non à un accord global. Emmanuel Macron joue donc sa partition à fond, en mettant en regard le sujet de la pêche et l’ensemble des négociations en cours : « pourquoi les Britanniques voudraient-ils qu’on traite les pêcheurs européens différemment de leurs traders ? », a-t-il demandé. 

Dans les faits, les équipes de Michel Barnier devraient à nouveau se rendre à Londres la semaine prochaine. Et la tonalité de certains dirigeants européens -Angela Merkel notamment- a semblé plus conciliante. « Nous aussi allons devoir faire des compromis », a estimé la chancelière allemande. Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, a été sur la même ligne. Une chose est néanmoins certaine : si compromis il doit y avoir, c’est maintenant ou jamais.



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