Bruxelles pousse timidement à renforcer les salaires minimaux


Publié le 28 oct. 2020 à 16:21Mis à jour le 28 oct. 2020 à 18:02

Service minimum sur le salaire minimum. Mercredi, la Commission européenne a dévoilé sa proposition visant à renforcer les SMIC au sein de l’UE, une promesse faite aux sociaux-démocrates par sa présidente Ursula von der Leyen . Elle déçoit les partisans d’une Europe plus sociale, tant l’exécutif européen est resté prudent sur ce dossier serpent de mer et vu d’un oeil méfiant par les Etats membres.

Bruxelles prend ainsi soin de ne pas trop empiéter sur leurs plates-bandes : la proposition de directive n’oblige pas à instaurer un salaire minimum national et ne s’aventure pas à en fixer le niveau. Pas question ici de proposer d’instaurer un Smic européen, une perspective peu réaliste économiquement et politiquement.

Travailleurs pauvres

Il faut pourtant agir, indique la Commission, qui constate que la part de travailleurs pauvres progresse dans l’UE (de 8,3 % en 2007 à 9,4 % en 2018), que les salaires minimaux s’éloignent de plus en plus des salaires médians et que même rapportés aux niveaux de vie locaux, les écarts de SMIC entre Etats, surtout avec l’Est, sont facteurs de dumping.

Le principe du salaire minimal existe déjà dans les 27 Etats membres de l’UE . Dans vingt-et-un, il est fixé à l’échelle nationale mais dans les six autres (Danemark, Italie, Chypre, Autriche, Finlande et Suède), on procède par conventions collectives. Les salaires minimaux varient grandement , allant de 312 euros en Bulgarie à 2.142 euros au Luxembourg. Bruxelles constate des minimaux plus élevés et une couverture plus large dans les pays où les partenaires sociaux sont pleinement associés via les conventions collectives.

Négociations

Dans ce contexte, la proposition vise à renforcer la négociation et la transparence dans les 21 pays avec un salaire minimum national afin d’y encourager leur augmentation. Bruxelles veut une gouvernance plus transparente, avec des « critères clairs et stables » d’évolution annuelle et une association des partenaires sociaux aux discussions. Un plan d’action est réclamé aux Etats membres où moins de 70 % des salariés sont couverts par une convention collective. Les 27 devraient aussi rendre compte chaque année à Bruxelles de leurs mécanismes de fixation des salaires. D’ores et déjà la Suède et le Danemark ont fait connaître leur opposition à un projet qui remet en cause leur modèle de marché du travail.

« Les salaires minimaux doivent rattraper les autres salaires, qui ont augmenté ces dernières décennies et les ont ainsi laissés à la traîne. Les négociations devraient être la norme de référence dans tous les Etats membres », a insisté mercredi Nicolas Schmit, le commissaire à l’Emploi. La Commission a renoncé à fixer des objectifs chiffrés dans l’effort à produire. Elle se contente d’indiquer en la matière des recommandations, en estimant qu’un salaire minimal « adéquat » devrait atteindre au moins 60 % du salaire médian ou 50 % du salaire moyen.

« Un monstre juridique »

« En l’état, des travailleurs pourront toujours travailler pour 2 euros de l’heure en toute légalité ! Les mesures envisagées sont loin de mettre fin à la concurrence entre travailleurs ou d’enrayer le problème des travailleurs pauvres », a regretté le groupe des Verts-ALE du Parlement européen. A l’opposé, BusinessEurope, le lobby européen du patronat, lève déjà les boucliers. Selon son directeur général Markus Beyrer, « la Commission propose un monstre juridique » qui conduira à « une jurisprudence problématique ». Il juge l’initiative très malvenue au moment où « les entreprises se battent pour leur survie et pour sauver les emplois menacés par la crise du Covid ».



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