Après un temps d’éclipse, JED note le retour des prédateurs de la liberté de la presse en RDC  


Communiqué.

A l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes, le 2 novembre 2020, Journaliste en danger (JED », a publié son Rapport annuel sur les exactions que subissent les journalistes congolais dans l’exercice de leur métier.

La publication de ce Rapport intervient dans un contexte particulier qui est celui de la pandémie du Coronavirus qui a perturbé le fonctionnement de tous les pays du monde et dans tous les secteurs des activités. La presse et les médias n’y échappent pas. Raison pour laquelle, ce Rapport est intitulé « La liberté de la presse sous le signe du Coronavirus » avec comme sous-titre : « Le retour des prédateurs ».

Sur le plan de l’exercice de la liberté de la presse pendant cette période, le travail des journalistes appelés à couvrir cette crise, n’en était pas non plus facilitée.  Ainsi, JED a enregistré quelques actes d’intimidation, d’agression et de censure visant les journalistes et les médias.

A titre d’exemples ;

1.     Le mardi 24 mars 2020, THOLI TOTALI, journaliste-reporter à Alfajiri TV, chaîne émettant à Likasi dans la province du Haut-Katanga, a été copieusement molesté par des agents de la police pendant qu’il faisait la ronde de la ville, sur sa moto, afin de constater si les mesures de confinement décrétées par les autorités étaient respectées par la population locale. Le journaliste jeté à terre sur une route asphaltée, piétiné était roué des coups par des policiers. Il s’en est sorti grièvement blessé à sa main droite et avec une jambe fracturée.

2.     Le 8 avril 2020, lors d’une conférence de presse, le Gouverneur de la province du Sud-Kivu a annoncé la mesure interdisant aux médias opérant dans sa province de diffuser les bulletins d’informations de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB, l’instance officielle en charge du dépistage du Covd-19), sans son autorisation préalable ou celle de ses services.   Pour éviter, selon lui, de donner des fausses informations, alors qu’il s’observait parfois des contradictions entre les statistiques publiées par les autorités locales et celle de l’INRB.

Pour JED, il s’agissait d’une censure et d’une tentative d’interférence dans le travail des journalistes. En l’occurrence, il n’appartenait pas à un Gouverneur de province de dire aux médias ce qui est bon à diffuser, et ce qui ne l’est pas ;

3.     Le troisième exemple n’est pas lié au Coronavirus, mais à une autre épidémie, Ebola, qui sévit aussi en RD Congo, concerne La radio communautaire Amkeni à Biakato, station émettant dans la province de l’Ituri,  qui a été incendiée, le 22 janvier 2020, par un groupe de personnes non autrement identifiées. Ce média a été menacé à plusieurs reprises pour avoir relayé les messages de prévention contre la maladie Ebola. C’est dans cette même province de l’Ituri qu’un journaliste a été tué, et que beaucoup des médias ont cessé d’émettre à cause des mêmes menaces qu’ils recevaient.

Ces trois cas d’illustration ne sont pas, pour JED, des faits isolés. Ils font partie d’un système de prédation et de répression de la presse qui se nourrit de l’impunité ambiante et d’une absence de volonté politique de se conformer aux engagements internationaux de la RDC en matière de liberté de presse, en dépit des discours politiques entendus.

Dans ce Rapport, qui couvre la période du 02 novembre 2019 au 02 novembre 2020, JED a enregistré au moins 116 cas d’atteintes à la liberté de la presse, contre 85 cas en 2019, soit une augmentation 31 cas dont deux journalistes tués à l’Est du pays.

 Il s’agit de :

1.      Papy MAHAMBA MUMBERE, journaliste-animateur d’une émission de sensibilisation sur la maladie Ebola, diffusée sur les ondes de la Radio Communautaire de Lwemba, en territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri.  Ce journaliste, a été attaqué et tué à son domicile par un groupe d’hommes munis d’armes blanches, notamment des machettes et des couteaux, alors qu’il venait de terminer une émission sur la campagne de riposte contre cette épidémie qui a fait plusieurs morts.  Aucune enquête n’a été ouverte sur cet assassinat.

2.    BWIRA BWALITSE, directeur de la Radio Communautaire de Bakumbule (RCBA), station émettant à Kalembe dans le territoire de Walikale à environ 130 Km de Goma. Il a été enlevé, le 16 juin 2020, par des miliciens armés, sur la route Kalembe – Pinga, dans la localité Bushimoo, pendant qu’il revenait de la cité Peti , où il était allé ouvrir une autre station de sa radio,  à bord d’une moto, accompagné de deux autres personnes. Ses deux accompagnateurs ont été libérés quelques heures après. Mais le journaliste a été pris en otage. Le vendredi 19 juin, les ravisseurs ont envoyé un message à la famille, toujours avec le téléphone du journaliste, annonçant qu’ils venaient de l’exécuter. Juste après cette annonce, ils ont coupé tout contact, et le corps du journaliste n’a jamais été retrouvé.

A côté de ces journalistes tués, JED a compté au moins 40 cas d’arrestations et de détentions au cours de cette année. Cela veut dire que, au moins 40 fois en 12 mois, quelques parts, à Kinshasa ou en provinces, une porte de prison ou d’un cachot s’est ouverte et s’est refermée derrière un journalistes qui y a passé des jours, des semaines ou des mois, dans des conditions difficiles dans les prisons ou cachots.

Outre les arrestations et détentions des journalistes qui sont trop voyants et trop visibles, les bourreaux de la presse ont utilisé des menaces, parfois des menaces graves de mort qui précèdent généralement le passage à l’acte. Dans ces cas, les journalistes ont pris peur, et étaient obligé de fuir, d’abandonner familles, femmes et enfants pour vivre dans la clandestinité pendant des semaines, voire des mois, afin d’échapper à la mort.

Au cours de cette année 2020, il y en a au moins trois, dont une femme journaliste, qui sont partis depuis plusieurs semaines de chez eux et qui se cachent.

Il s’agit de :  

1.    BYOBE MALENGA, directeur de la Radio Ngoma ya Amani de Baraka, station émettant dans le territoire de Fizi et correspond de BBC Afrique dans cette partie de la RDC, qui a reçu une série de menaces faites par les rebelles burundais et par certaines personnes bien identifiées, issues de la tribu Banyamulenge, qui l’accusait d’être au service d’un des groupes armés Maï Maï, qui écument l’Est de la RDC depuis plusieurs années.

2.    Ghislain BAFUNYEMBAKA, Journaliste et rédacteur en chef de la Radio Tuungane de Minembwe, dans la province du Sud-Kivu, qui depuis le 27 aout 2020 a été contraint de vivre dans la clandestinité, en laissant derrière lui, désemparés, sa femme et un bébé de deux mois, à la suite d’une série de menaces de morts anonymes qu’il recevait depuis le 10 septembre 2019. Ghislain Bafunyembaka a été accusé d’avoir « livré le secret du groupe armé Banyamulenge à leurs adversaires »

3.    Rozenn KALAFULO, rédactrice en chef de la radio communautaire indépendante Pole FM, station émettant à Goma, qui vit dans la clandestinité depuis le 8 octobre 2020. Des témoins lui ont confié avoir surpris une conversation au cours de laquelle des hauts gradés des Forces armées de la RDC (FARDC) auraient menacé de s’en prendre à elle pour avoir posé, lors d’une conférence de presse tenue par le Président de la République, une question sur les activités commerciales de certains officiers de l’armée congolaise et sur leurs probables liens avec des groupes armés.

A côté des violences physiques ou verbales, il y a des pressions institutionnelles à travers les lois et les décisions judiciaires qui réduisent de manière drastique les libertés des journalistes.

Sur 116 cas d’atteintes enregistrés cette année, plus de 70 % de ces violations sont le fait des autorités politico administratives, càd gouverneurs des provinces ou administrateurs des territoires ou des services de sécurité, en l’occurrence l’ANR qui a repris du service après un temps d’éclipse.

Le monitoring des atteintes à la liberté de la presse de JED indique que les pouvoirs publics, à travers l’armée, la police et les divers services de sécurité, ne sont plus les seuls à s’attaquer à la presse. Il y a de plus en plus, des fanatiques, des militants politiques, des milices armées, qui s’en prennent aux journalistes et aux médias qui les dérangent ou qui ne sont pas de leur obédience.

Année après année, les différentes statistiques des menaces et des violences que subissent les professionnels des médias dans leur travail, indiquent que le métier d’informer constitue l’un des métiers les plus à risque pour ceux qui l’exercent en RD Congo comparativement à d’autres corps de métiers. Les journalistes congolais sont de plus en plus soumis à des pressions terribles, politiques, économiques, juridiques et judiciaires.

Ce Rapport sous le titre « Le retour des prédateurs… », exprime plutôt un sentiment général d’inquiétude dans un contexte perturbé, bien évidemment, par la pandémie du Coronavirus, mais pas seulement… 



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