Au Portugal, l’espoir est vert comme l’hydrogène, mais la justice voit déjà rouge



En mai dernier, le gouvernement a présenté sa stratégie nationale de l’hydrogène, un combustible sur lequel le pays mise pour décarboniser son économie. Son projet phare, une méga-usine dans le port de Sines, fait déjà l’objet d’une enquête.

Après le lithium, le Portugal entre dans la course à l’hydrogène. Dans le sillage de l’Union européenne, qui vise la neutralité climatique d’ici à 2050, le pays entend exploiter pleinement ce combustible. En mai dernier, le gouvernement socialiste d’António Costa dévoilait sa stratégie nationale de l’hydrogène, une stratégie publiée au Journal officiel au cœur de l’été, rapportait alors Público.

Conscient de son énorme potentiel, le Portugal présente un projet phare : construire une méga-usine de production d’hydrogène vert par électrolyse dans le port de Sines (Alentejo). Avec pour objectif, d’ici à dix ans, que 5 % de l’énergie consommée dans le pays soit d’origine renouvelable. Au total, l’investissement sur cette période s’élèverait à 7 milliards d’euros (dont 85 % provenant du secteur privé).

Propre et très énergétique

Dans une tribune publiée dans les colonnes de l’hebdomadaire Visão et consacrée à l’hydrogène, Nuno Bimbo explique pourquoi son pays a toutes les raisons de miser sur ce “combustible de l’avenir”. Le professeur d’ingénierie chimique à l’université de Southampton (Royaume-Uni) souligne qu’il “permet de déplacer l’énergie de l’endroit où elle est produite (par exemple, une usine à gaz ou une éolienne) à l’endroit où elle est nécessaire (pour chauffer une maison ou allumer une lumière)”.

Nuno Bimbo ajoute que son “contenu énergétique est trois fois supérieur à celui de l’essence ou du diesel pour la même masse”. Autre “point crucial à l’heure où l’on parle de la décarbonisation de notre société”, sa combustion “ne génère pas d’émissions nocives”. Le professeur est formel :

Les caractéristiques uniques de l’hydrogène laissent à penser qu’il jouera un rôle très pertinent dans un futur mix énergétique.”

Deux ministres déjà accusés de trafic d’influence et de corruption

L’enjeu, de taille pour le Portugal, suscite bien des intérêts. Ceux des fournisseurs d’énergie EDP, Galp et REN auraient déjà été favorisés, dans le projet d’hydrogène vert à Sines, par le ministre de l’Économie et le secrétaire d’État à l’Énergie, qui sont dans le collimateur de la justice portugaise.

Pedro Siza Vieira et João Galamba, révèle à sa une cette semaine l’hebdomadaire Sábado, font l’objet d’une enquête de la part du parquet portugais pour trafic d’influence et corruption.

Vincent Barros





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