Burkina Faso: Développement personnel – Le nouvel opium du peuple


Les livres de développement personnel sont les plus lus dans le monde depuis quelques années. Les Burkinabè ne sont pas en reste, subjugués qu’ils sont par ces livres qui leur font miroiter des possibilités d’enrichissement rapide et de bonheur prêt-à-porter.

On trouve de plus en plus d’auteurs burkinabè qui écrivent des livres qui promettent l’or et l’amour à tous.

Il est légitime de s’interroger sur l’importance subite qu’occupent ces publications de développement personnel (DP) dans le monde. La chute des idéologies politiques, le recul des sciences sociales, le « tout économique » ont laissé un vide et il est connu que la nature a horreur du vide.

Ainsi, l’abondante production d’ouvrages sur le développement personnel répond à un besoin, celui du citoyen pris dans la tourmente d’une société anxiogène et qui veut être rassuré. Les gourous du développement personnel se sont engouffrés dans la brèche et ils font leur miel en vendant le bonheur à la cuillerée.

Ils prétendent adosser leur discours à la psychologie positive qui démontre que les personnes enthousiastes sont plus enclines à réussir. Mais les marchands de bonheur disent l’inverse : tout le monde peut réussir, pour peu qu’il développe la positive attitude, surtout en les lisant.

Alors, les livres de DP disent au lecteur sur tous les tons qu’il possède en lui le potentiel pour compter parmi les grands de ce monde. Qu’il est une mine de possibles et qu’il ne dépend que de lui pour être riche comme Crésus, fort comme Goliath ou puissant comme César.

Il lui suffit de lire les ouvrages de DP pour développer l’estime de soi, avoir le relationnel, être positif et ouvert et le monde viendra à lui avec toutes ses richesses et ses bonheurs.

Au Burkina Faso, les auteurs qui s’engouffrent dans ce créneau s’approprient les anecdotes et les recettes des grands auteurs comme Napoleon Hill, Miguel Ruiz, Eckart Tolle tout en assaisonnant leurs laïus des citations de Thomas Sankara ou de Jospeh Ki-Zerbo dont souvent le sens et le contexte sont trahis.

A lire leur biographie sur la quatrième de couverture, ils n’ont pas de compétences en psychologie, en philosophie ou en sciences sociales. Parfois, c’est leur expérience ou trajectoire personnelle fort modeste qui leur sert de modèle. Ils ne sont ni chefs d’industrie ni créateurs de marque ou influenceurs.

Mais pourquoi le succès de ces ouvrages ? Sans doute que les Burkinabè aussi sont gagnés par l’inquiétude face à une société où le plafond de verre existe, où la mobilité sociale est un leurre, où trouver un emploi tient du miracle.

Aussi s’accrochent-ils aux deux choses qui leur promettent le bonheur, c’est-à-dire le pari hippique et la littérature du bonheur.

Ayant perdu la confiance dans la capacité de l’organisation de la société à les aider à se réaliser, ils pensent que ces lectures (DP et journaux hippiques) leur ouvriront la voie du bien-être matériel et moral.

Dans une société où le marabout ou le féticheur joue le rôle de motivateur des individus en quête d’emploi, d’amour ou de santé, l’auteur en DP remplace facilement le féticheur pour le public alphabétisé et citadin.

Il est dans la nature humaine de chercher le réconfort et le bonheur dans des palliatifs. Religion, drogues douces, directeur de conscience, etc. Eva Illouz et Edgar Cabanas, les auteurs de l’essai Happycratie, qui est une critique acerbe du DP, parlent d’happycondrie pour signifier cette appétence quasi maladive pour le bonheur.

Le problème avec le développement personnel est qu’au-delà de vendre le mirage, il déresponsabilise la société, délégitime toute critique sociale en faisant croire que l’individu est le maître de son destin et que sa réussite ou son échec ne tient que de lui.

Ce qui nie que l’individu est un produit biologique ayant un héritage génétique et un produit social déterminé par la culture et les structures de sa communauté.

Einstein est d’abord l’élu d’une loterie génétique qui l’a doté d’un QI extraordinaire et d’une Allemagne où la recherche scientifique est encouragée.

Sans la conjonction de ces deux réalités, Einstein, malgré toute sa volonté de devenir un Nobel de physique, n’aurait jamais découvert la théorie de la relativité, il serait resté dans une relative oisiveté et un grand anonymat.

Qu’en conclure ? On peut concéder que les ouvrages de développement personnel participent effectivement à l’épanouissement matériel de leurs… auteurs et point des lecteurs, car c’est de la poudre de perlimpinpin pour des lecteurs gogos.

Comme disait Norbert Zongo, il n’y a pas d’avenir pour un individu dans un pays qui n’en a pas. C’est en s’engageant à changer la société que l’on change sa vie.

Maintenant si la lecture vous est nécessaire, lisez les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle ; ces sagesses vous rendront plus éclairé sur la vie humaine.



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