Afrique: Restitution des biens culturels au Sénégal – Le Sénat français donne son feu vert


Le projet de loi relatif à la restitution des biens culturels à la République du Sénégal et du Benin vient d’être approuvé à l’unanimité par le Sénat français. Après un examen en conseil des ministres le 15 juillet, il a été adopté par l’Assemblée nationale française le 06 octobre.

L’engagement de la France à restituer une partie des biens culturels de ses anciennes colonies est en bonne voie. Le Sénat français a annoncé, mercredi 04 novembre, l’adoption à l’unanimité (343 voix pour, 0 contre) du projet de loi relatif à la restitution des biens culturels à la République du Bénin et du Sénégal, après que la commission de la culture, de l’éducation et de la communication a procédé à l’examen du rapport de Catherine Morin-Desailly.

Cette commission a adopté, en même temps, lit-on sur le site de l’institution, des amendements ayant pour effet : « de préciser que les œuvres concernées sont « transférées » en propriété – et non « remises »- à la République du Bénin et à la République du Sénégal, de créer un Conseil national de réflexion sur la circulation et le retour d’œuvres d’art extra-occidentales, dont les missions seraient de donner un avis, avant toute réponse officielle de la part des autorités françaises, sur les réclamations de biens culturels présentées par des États étrangers (hors celles présentées en application de la Convention de l’Unesco de 1970).

Mais aussi de « fournir aux pouvoirs publics des réflexions prospectives et des conseils en matière de circulation et de retour des œuvres d’art extra-occidentales ». Dans le rapport de la sénatrice Morin-Desailly , il est indiqué que « la commission a approuvé le principe de la restitution de ces biens aux deux pays concernés, tout en jugeant indispensable de garantir, à l’avenir, la consultation d’une commission scientifique, dès la transmission d’une demande de restitution par un État étranger, afin de permettre au Gouvernement et au Parlement de disposer de son éclairage avant toute prise de décision concernant cette demande. »

En effet, ce présent projet de loi « vise à faire sortir des collections nationales 27 biens culturels afin d’ouvrir la voie à leur restitution à deux pays d’Afrique, le Bénin et le Sénégal ». Aussi, « il concerne : – d’une part, 26 œuvres constituant le « Trésor de Béhanzin », conservées au musée du Quai Branly-Jacques Chirac et revendiquées par la République du Bénin depuis septembre 2016… – d’autre part, un sabre, attribué à El Hadj Omar Tall, inscrit à l’inventaire des collections du musée de l’Armée ».

D’après le rapport de Catherine Morin-Desailly, le sabre, officiellement réclamé par le Sénégal depuis juillet 2019, est exposé au Musée des civilisations noires de Dakar depuis son inauguration en décembre 2018, dans le cadre d’une convention de dépôt entre la France et le Sénégal. L’ensemble de ces œuvres constitue des prises de guerre.

Enjeux

Les vingt-six objets béninois, issus du palais des rois d’Abomey, ont été emportés en 1892 par le général Dodds, commandant des armées coloniales françaises, dans le cadre de la guerre du Dahomey qui l’opposait au roi Behanzin. Le sabre attribué à El Hadj Omar Tall aurait quant à lui été confisqué à Amadou Tall, le fils d’El Hadj Omar Tall, par le général Archinard après la prise de Bandiagara en 1893, ajoute-t-il.

La restitution des biens culturels africains est la suite logique du discours du président Emmanuel Macron, prononcé le 28 novembre 2017 à Ouagadougou, au Burkina Faso. M. Macron estimait que la question des patrimoines africains figurait parmi « les enjeux présidant à la construction d’une nouvelle relation d’amitié entre la France et l’Afrique ». Il avait promis d’en faire une de ses priorités afin que « d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Quelques mois plus tard, le président avait confié une mission sur le sujet à deux universitaires, Felwine Sarr, professeur à l’Université Gaston‑Berger de Saint‑Louis (Sénégal), et Mme Bénédicte Savoy, professeure à la Technische Universität de Berlin (Allemagne). Ces derniers, après leurs travaux, avaient produit un rapport que ses auteurs ont intitulé « Restituer le Patrimoine africain : vers une nouvelle éthique relationnelle », en 2018.



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