Burkina : Le visage de la diplomatie sous le quinquennat de Roch Kaboré


« L’action diplomatique 2016-2020 du président Roch Marc Christian Kaboré : entre continuité, rupture et innovation ». C’est l’œuvre produite par un groupe de diplomates sur le quinquennat diplomatique du président sortant et candidat à sa propre succession, Roch Kaboré.

L’essai est de Maxime Bengaly, Yaya Bitié, Oumarou Kologo, Saïdou Ouédraogo et Eric Zoungrana, tous conseillers des affaires étrangères. L’œuvre de 124 pages est préfacée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Pr Alkassoum Maïga.

« Rien dans la conjoncture internationale n’est définitif, les rapports entre les Etats ne cessent de changer, de même que leurs besoins et leurs intérêts. A cet effet, il appartient à chaque pays de penser ou repenser la meilleure approche pour assurer constamment son positionnement sur la scène internationale en développant de meilleures relations avec les autres acteurs », déblaie le Pr Alkassoum Maïga, souhaitant que cet essai suscite d’autres productions du genre dans les autres secteurs d’activités pour offrir de la matière aux générations futures.

Rappelons que dans son programme quinquennal, Roch Kaboré s’est engagé à « promouvoir des relations de partenariat et de coopération propices au développement harmonieux de notre pays et mieux impliquer la diaspora dans le processus de développement national ».


Dans les avant-propos, le ministre des affaires étrangères et de la coopération, Alpha Barry, lui, est revenu sur le « contexte tendu et complexe » dans lequel s’est déroulé le quinquennat de Roch Kaboré avant d’affirmer que les actions diplomatiques majeures ont consisté en la mobilisation des partenaires techniques et financiers, la promotion d’une diplomatie de la paix, la promotion d’une diplomatie économique par la réorientation de la coopération bilatérale avec certains pays.

Pour entrer dans le vif de leur thématique, les auteurs ont d’abord rappelé que la stratégie de déploiement de l’action diplomatique du Burkina se fait à travers certains départements ministériels, notamment le ministère en charge des Affaires étrangères et ses démembrements à l’extérieur, à savoir les missions diplomatiques et postes consulaires ainsi que le ministère de l’Intégration africaine et des Burkinabè de l’extérieur. Cette stratégie prend en compte des facteurs « intimement liés à la géopolitique ». Il s’agit essentiellement de l’influence des pays sur la scène internationale ; le niveau de développement des pays d’accueil ; les flux migratoires, voire la densité des ressortissants burkinabè.

Ils ont ensuite déroulé leur analyse à travers trois axes : l’apport de la diplomatie au développement national, la recherche de solutions aux questions sécuritaires nationales et sous-régionales, l’efficacité de l’appareil diplomatique et l’implication des Burkinabè de l’extérieur dans la vie politique et socio-économique nationale.

Dans cette première partie, qu’ils ont intitulée « une diplomatie au service du développement », les auteurs ont soutenu qu’en termes de rupture, le pouvoir Roch Kaboré a abandonné la médiation, « outil diplomatique important du régime antérieur (pouvoir Blaise Compaoré, ndlr) ».

Cependant relèvent-ils que la médiation constitue historiquement un pan important de la culture diplomatique du Burkina. Selon eux, les nouveaux enjeux, notamment la montée de l’insécurité, ont imposé une diplomatie de développement et de résilience.

Ce qui s’est traduit par, entre autres, un renforcement de la présence du Burkina sur la scène internationale (participation aux instances des organisations internationales, la promotion de l’expertise nationale), le redimensionnement de l’action diplomatique (élargissement du périmètre diplomatique par les ouvertures de représentations diplomatiques, le développement de partenariats stratégiques par notamment la consolidation des relations avec certains pays comme la Côte d’Ivoire, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Ghana, la principauté de Monaco, la Fédération de Russie, le rétablissement des liens avec la république populaire de Chine).

Roch Kaboré (gauche), lors d’une de ses visites à Dakar, avec son homologue Macky Sall

Tenir une assise sur la diplomatie burkinabè

Par l’axe II, les auteurs ont démontré que le contexte sécuritaire sous-régional et national ont imposé une diplomatie de résilience marquée entre autres par la recherche et le renforcement de nouveaux partenariats dans le domaine sécuritaire, la mutualisation des forces. C’est dans cet effort d’ensemble que le Burkina a assuré, février 2019-février 2020, la présidence du G5 Sahel (la présidence étant tournante entre les pays membres).

Dans le troisième et dernier axe, l’évolution du cadre de mise en œuvre de la politique étrangère et l’implication des Burkinabè de l’extérieur dans la vie nationale, on retient notamment le renforcement du cadre institutionnel du ministère des Affaires étrangères et de la coopération (avec des changements de dénomination de certaines directions, la création et l’opérationnalisation de nouvelles directions générales), la création du ministère de l’Intégration africaine et des Burkinabè de l’extérieur (avec l’opérationnalisation du vote des Burkinabè de la diaspora, l’implication plus accrue de la diaspora dans la vie socio-économique et culturelle nationale).

On note également que des efforts ont été consentis à l’endroit de la diaspora, par l’assistance, l’organisation de foras consacrés aux Burkinabè de l’étranger, l’accueil et la réintégration de migrants de retour, l’adoption de la première stratégie nationale de migration, la création de la cité de la diaspora ainsi que des actions de la diaspora envers le Burkina (par exemple, implication dans des actions de solidarité nationale : catastrophes naturelles, insécurité, Covid-19, etc.).

En résumé, les auteurs retiennent que le mandat de Roch Kaboré n’a pas été de tout repos, au regard du contexte national et sous-régional. « La rupture a été observée au niveau de l’approche caractérisée par l’abandon de la médiation comme instrument majeur de la politique étrangère du pays et la rupture des relations diplomatiques avec la Chine Taïwan. En termes d’innovation, on note l’implication accrue du parlement dans l’action diplomatique, la réorganisation du format du Traité d’amitié ivoiro-burkinabè, l’élargissement de l’action diplomatique avec la République du Ghana, etc. (…). L’innovation majeure a été notée à notre avis, dans la gestion des Burkinabè de l’extérieur », récapitulent les auteurs.

De l’avis de Maxime Bengaly, Yaya Bitié, Oumarou Kologo, Saïdou Ouédraogo et d’Eric Zoungrana, l’importance de cette œuvre, c’est de poser l’interrogation sur les orientations à donner à la politique étrangère du Burkina pour les cinq années à venir, en vue de la rendre plus dynamique et plus porteuse. Ce qui requiert, selon eux, une évaluation plus approfondie de l’action extérieure menée par les autorités nationales dans le passé et des « échanges nourris » avec tous les acteurs dont la place et le rôle sont indéniables dans la mise en œuvre de la politique étrangère d’un pays. D’où leur recommandation de tenir des états généraux de la diplomatie.

Oumar L. Ouédraogo

Lefaso.net





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