Cameroun: Cancer du col de l’utérus – Le vaccin qui divise


Certaines voix s’opposent, dans le pays, à cette méthode de prévention contre le virus du papillome humain (anti-Hpv), responsable de l’affection, semant définitivement la confusion chez les familles.

Depuis son introduction dans la routine du Programme élargi de vaccination (Pev) au Cameroun en octobre dernier, le vaccin Gardasil, administré aux jeunes filles pour lutter contre certaines infections à papillomavirus potentiellement cancérogènes, fait l’objet de nombreuses controverses. L’une des premières salves est venue du vicaire général du diocèse d’Obala, Mgr Luc Onambele, interdisant l’administration du vaccin dans les structures relevant de l’unité religieuse.

Un exposé du Pr. Tetanye Ekoe, pédiatre, membre du bureau de l’Ordre des médecins, sur le sujet lors des récents travaux de l’assemblée plénière de la Conférence épiscopale nationale tenus à Yaoundé, n’aura apparemment pas suffi à rassurer les hommes d’église. En effet, le 5 novembre 2020, c’était au tour de l’évêque de Nkongsamba, Mgr Dieudonné Espoir Atangana, de mettre en garde sa communauté. « Je viens par la présente, de façon formelle, vous demander de vous garder de soumettre nos enfants à ce vaccin en attendant que les évêques du Cameroun puissent donner leur accord de façon claire et officielle.

Par conséquent, aucune équipe médicale pour la cause ne doit être admise dans nos structures diocésaines (écoles, collèges, formations sanitaires, églises… ) jusqu’à nouvel avis. Je recommande vivement aux parents le refus de ce vaccin pour leurs enfants, mais de préférence les dépistages et la soumission au traitement en cas de nécessité », signe-t-il. Avec quasiment des éléments de langage identiques, les Musulmans pour la Coopération et le Développement, par la voix de leur secrétaire exécutif, Salihou Soule, campent sur la même position. Et ce à la même date.

Alors que les opposants à la vaccination anti-HPV saturent les réseaux sociaux et autres médias de leur point de vue, la confusion s’installe désormais dans les familles qui ne savent plus s’il faut adhérer à ce vaccin ou s’en méfier. « Les anti-vaccin oublient de souligner que l’opération n’est pas obligatoire. Elle est soumise au contrôle parental. En effet, une lettre de consentement est soumise à chaque parent concerné pour signature. Ce n’est donc que sur accord du parent que l’enfant est vacciné à l’école, s’il ne l’a pas été en communauté en présence de son parent », relève une source proche du dossier. Une mère de famille rencontrée dans les rues de Yaoundé s’insurge : « J’ai accompagné à sa dernière demeure, le week-end dernier, une cousine décédée du cancer du col de l’utérus. Quand cette maladie ne vous a pas encore touché au point de vous faire perdre toute dignité, on peut encore s’amuser comme le font certains en ce moment. Du reste, je pense que préserver sa santé et celle de ses enfants est une responsabilité personnelle. De ce fait, j’ai choisi de faire immuniser ma fille. D’autant plus que c’est gratuit : je n’ai pas les 60 000 F qu’il faut pour une dose, hors campagne ».

Sur le fond, les opposants au vaccin anti-HPV s’interrogent sur son utilité, son efficacité et s’inquiètent de ses éventuels effets secondaires. Il faut dire qu’une abondante littérature en circulation sur le web ne rassure pas sur le sujet. « Sauf que ceux qui sont derrière cette littérature et ces contre campagnes sur le web ne sont pas tout à fait objectifs. Le raccourci qu’ils prennent entre la vaccination et la survenue des maladies est regrettable, car il pollue le raisonnement des populations. Par ailleurs, ceux qui recommandent le dépistage et la soumission des enfants au traitement en cas de nécessité doivent revoir leurs documents. Nous sommes dans la prévention et ciblons donc des enfants de 9 à 13 ans, inactifs sexuellement. Ce n’est pas maintenant qu’ils feront le cancer du col de l’utérus », relève un gynécologue.



allafrica

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