A Londres, Boris Johnson change à la fois d’équipe et de méthode



Publié le 13 nov. 2020 à 16:49Mis à jour le 13 nov. 2020 à 17:15

C’est une page qui se tourne à Downing Street : le conseiller en chef de Boris Johnson, le très pro-Brexit et très controversé Dominic Cummings , a annoncé jeudi soir qu’il quitterait ses fonctions d’ici à la fin de l’année. Son départ fait suite à la démission mercredi du directeur de communication du Premier ministre, Lee Cain, un autre hard Brexiter qui s’était comme lui distingué à la tête du mouvement « Vote Leave » en faisant gagner le Brexit au référendum de juin 2016 .

Ces deux départs, qui pourraient en susciter d’autres ( David Frost, le négociateur britannique en chef sur le Brexit, aurait un temps hésité, avant de finalement rester à son poste) sont le résultat d’une incroyable lutte de pouvoir dans la garde rapprochée du Premier ministre. D’un côté, sa fiancée Carrie Symonds, ex-directrice de la communication du parti conservateur, et Allegra Stratton, une ex-conseillère en communication du ministre des Finances Rishi Sunak choisie par Johnson pour animer chaque jour à partir de janvier les points presse télévisés de Downing Street. De l’autre, les deux hommes, connus pour avoir orchestré les coups de force à répétition lancés ces derniers mois par Boris Johnson contre l’UE ou le Parlement britannique . Les premières ont poussé les seconds vers la sortie.

Moins dans la confrontation brutale

« Carrie Symonds takes back control », titrait vendredi le « Times », en détournant malicieusement le fameux slogan « Take back control » inventé en 2016 par Dominic Cummings. La guerre intestine entre les deux clans aurait éclaté au grand jour quand Lee Cain aurait été pressenti pour prendre le poste stratégique de « Chief of staff », évidemment poussé par Cummings. Une promotion que Carrie Symonds a réussi à bloquer.

Pas le timing idéal, alors que la pandémie de coronavirus continue de faire des ravages outre-Manche et que Londres peine toujours à finaliser un accord avec Bruxelles pour encadrer leurs relations post-Brexit. Mais l’occasion pour la « Team Carrie » de pousser une nouvelle méthode à Downing Street. Une manière de gouverner se voulant moins dans la confrontation brutale avec les députés, les hauts fonctionnaires ou des institutions comme la BBC , et dans une position moins dogmatique vis-à-vis de l’UE. « Gouverner, c’est se faire des alliés. Cette bande là ne sait que se faire des ennemis », résumait vendredi dans la presse un conseiller.

Convictions libérales

La voie de l’apaisement pourrait aussi être favorisée dans les relations de Londres avec Belfast, Edimbourg et Cardiff, un véritable défi tant ces dernières années la défiance s’est très souvent installée. L’image du Premier ministre serait repositionnée, pour mettre en avant les convictions libérales qu’il avait affichées à l’époque où il était maire de Londres.

La priorité serait donnée à la défense de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. Et la réponse aux tentations indépendantistes en Ecosse serait affinée, pour formuler des propositions plus positives qu’un simple « non » de principe à un nouveau référendum sur son indépendance.

Que ces bonnes résolutions se transforment ou non en actes, Boris Johnson pense déjà, en tout cas, à l’après-Brexit et à l’après-Covid. Saura-t-il profiter de l’opportunité pour faire évoluer son image auprès de ceux qui, dans l’entourage de Joe Biden, voient en lui un « mini-Trump » ? L’avenir dira s’il arrive à trouver un nouveau souffle, alors que sa gestion désordonnée de la pandémie lui a fait perdre beaucoup de soutiens, y compris au sein des rangs conservateurs .

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