Afrique: Cadre commun – allAfrica.com


Les pays du G20 ont annoncé vendredi un « cadre commun » sur une restructuration de la dette des pays pauvres qui se fera « au cas par cas » et impliquera les créanciers privés, un accord jugé insuffisant par des militants et ONG.

Pour soulager les pays pauvres en difficulté face à la pandémie de Covid-19, les ministres des Finances et chefs de banques centrales du G20 avaient mis en place un dispositif de suspension du service de la dette de ces pays pour 2020, prolongé le mois dernier jusqu’en juin 2021.

La Banque mondiale et des ONG plaidaient pour un renouvellement d’au moins un an, avec certains militants demandant même une annulation de la dette des pays les plus pauvres.

Le « cadre commun » pour rééchelonner ou réduire la dette, qui implique aussi les 22 pays créanciers membres du Club de Paris, se fera selon une « approche au cas par cas », ont annoncé vendredi les ministres des Finances et chefs de banques centrales du G20 dans un communiqué.

« En principe, le traitement de la dette ne se fera pas sous la forme d’une annulation de la dette », ont-ils prévenu à l’issue d’une réunion virtuelle organisée par l’Arabie saoudite, qui préside cette année le G20.

Mais le nouveau cadre prévoit toutefois une coopération renforcée des créanciers dans « les cas les plus difficiles (où) l’annulation ou l’élimination de la dette est nécessaire ». Le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, a salué un accord « historique ».

« Pour la première fois, tous les principaux créanciers bilatéraux (…) traiteront de façon coordonnée la dette des pays plus pauvres », a-t-il déclaré. « Cela apportera plus de transparence dans le processus d’allégement de la dette et impliquera les créanciers privés » qui ne participaient jusqu’alors pas au moratoire du G20, a ajouté le ministre.

Selon une déclaration d’un haut responsable du Trésor américain, la « détérioration des perspectives » dans beaucoup de pays pauvres a justifié cet accord.

L’initiative est « loin d’être suffisante pour faire face à la vague de crises de la dette dans les pays les plus pauvres », a toutefois regretté Tim Jones, responsable politique de l’ONG britannique Jubilee Debt Campaign, appelant le G20 à sortir de sa posture « attentiste » et à construire un système « inclusif et transparent pour annuler la dette à des niveaux soutenables ».

Selon la Banque mondiale, la dette des 73 pays les plus pauvres du monde a augmenté de 9,5% en 2019 pour atteindre un record de 744 milliards de dollars.

Le fardeau de la dette de ces pays envers les créanciers publics, dont la plupart sont des Etats du G20, a atteint 178 milliards de dollars l’année dernière, avec 63% de ce montant revenant à la Chine.

L’accord de vendredi représente un changement dans la position de la Chine qui s’opposait jusqu’alors à l’annulation de dettes, selon des responsables. Mais le responsable du Trésor américain a reproché aux créanciers chinois de ne pas « s’impliquer pleinement », ajoutant que les Etats-Unis garderaient un oeil sur la participation de la Chine au dispositif.

Soixante-treize pays sont éligibles à la restructuration de leur dette dans le cadre de l’initiative, dont 38 en Afrique subsaharienne, parmi lesquels le Togo.

Le moratoire a permis à 46 pays de bénéficier de reports de paiements. Un quart de la dette de ces pays, qui s’élève à 71,5 milliards de dollars, est dû à la Chine, selon la Banque mondiale.

Le moratoire du G20 « a donné une bouffée d’oxygène nécessaire à ces pays », a déclaré la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva, précisant qu’il était « crucial » que le secteur privé participe à l’effort.

« Mais il y a des pays où le niveau de la dette n’est pas viable. C’est là que le cadre commun rentre opportunément en jeu avec une approche coordonnée du traitement de la dette, standardisée mais avec des résolutions au cas par cas », a-t-elle ajouté.

Dans une lettre adressée au G20 l’Association des grandes banques mondiales (IIF) a déclaré que les créanciers privés étaient prêts à prendre part au processus mais qu’ils avaient jusque-là reçu peu de requêtes des pays éligibles.



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