Blocage du plan de relance : la Pologne et la Hongrie très isolées



Publié le 17 nov. 2020 à 18:57

A deux, mais très seuls. La réunion virtuelle des ministres européens des Affaires européennes qui s’est déroulée mardi a été l’occasion de mesurer l’isolement de la Hongrie et de la Pologne.

Ces deux pays, inquiets de voir les Européens opter pour un mécanisme qui pourrait leur couper les fonds en cas de non-respect de l’Etat de droit, ont décidé de s’opposer à la mesure financière qui doit rendre possible le lancement du plan de relance européen et du budget 2021-2027 de l’UE. Mardi, ils ont dû affronter une litanie de reproches de la part d’homologues exaspérés devant ce blocage.

Tir de barrage

L’Italie ? Son ministre a exprimé un « sens profond de frustration ». L’Autriche ? Elle « regrette fortement ». Le Danemark ? Il appelle à mettre en oeuvre « le plus vite possible » l’accord. Le Portugal ? Il appelle à « soutenir ou au moins ne pas bloquer l’accord ». La Roumanie ? Elle exprime ses « regrets ». L’Espagne, elle, a rappelé « l’urgence » de la situation : « Quiconque bloque le processus de ratification devra assumer une responsabilité gigantesque devant les autres Etats-membres et tous les citoyens européens ». La liste n’est pas exhaustive. 

Dans ce tir de barrage, c’est bien un appel à la responsabilité devant l’urgence de la crise qui a été le plus martelé. De façon symptomatique, le groupe de Visegrad qui réunit régulièrement Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque sur certains enjeux extérieurs, n’avait ici aucune cohésion. La Slovaquie a fait part de son « soutien plein et entier » au résultat des négociations. Quant aux pays du Nord de l’Europe, ils ont rappelé qu’ils tenaient absolument, eux, au dispositif sur l’Etat de droit auquel Budapest et Varsovie cherchent à s’attaquer. Il constitue « un élément crucial du paquet », a estimé le ministre suédois, avant que son homologue finlandaise ne le juge « fondamental »

Tonalités distinctes

Mais cette réunion a également été l’occasion de mesurer la différence de tonalité entre la Pologne et la Hongrie. Pour la première, « ce n’est pas le principe du mécanisme sur l’Etat de droit qui pose problème, mais le manque de garanties légales » quant à sa mise en oeuvre. On perçoit là une ouverture à la négociation : Varsovie pourrait peut-être se laisser convaincre si les modalités étaient ajustées ou précisées.

Budapest, en revanche, n’a pas ouvert la moindre porte dans cette direction. « Ne soyons pas hypocrites », a déclaré sa représentante, estimant que « la Hongrie a toujours été la cible principale de ce mécanisme » et blâmant un dispositif « idéologique » ouvrant la voie à des procédures « arbitraires » permettant de sanctionner un pays sans aucune raison valable. Dans cette défense de valeurs démocratiques, la Hongrie « se tient auprès des peuples d’Europe », a-t-elle assuré, renversant l’argument que lui opposaient ses homologues, pour qui Budapest est, au contraire, en train de bloquer un paquet financier ardemment attendu par les Européens. 

Pression constante

Michael Roth, le secrétaire d’Etat allemand qui présidait les débats, n’a pas fait semblant d’être convaincu. Le mécanisme sur l’Etat de droit « n’a rien d’idéologique », a-t-il conclu, en jugeant « totalement inacceptables » les comparaisons entre l’UE et des régimes autoritaires – une référence à la récente déclaration de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, selon laquelle l’UE agirait comme l’ancienne Union soviétique. 

Le but des Européens est désormais de « trouver des marges de manoeuvre sans rouvrir la négociation sur le paquet qui a été agréé », explique une source proche des discussions. Tout en exerçant une pression constante sur deux pays très isolés. « En Europe, on finit toujours par avoir besoin d’amis », prévient un diplomate.



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