Afrique: Au Canada, le déclin de la langue française inquiète


Montréal — Le déclin de la langue française au Canada est une réalité qui se confirme et inquiète une grande majorité des francophones de la province du Québec. Pour eux, le français continuera de perdre de la vitesse au cours de la prochaine décennie.

Le débat sur l’avenir de la langue de Molière au Canada et en particulier au Québec, la seule province majoritairement francophone de l’Amérique du Nord, ne date pas d’hier de même que les appels pour sa protection par les gouvernement fédéral et provincial.

A cet égard, le parlement canadien a adopté mercredi à l’unanimité une motion du Nouveau Parti démocratique (opposition) portant sur la protection de la langue française.

La motion stipule que «la Chambre reconnaisse que la situation du français est toujours fragile, que l’usage du français est en déclin au Québec et au Canada et demande au gouvernement de s’engager à mettre sur pied un plan d’action en collaboration avec les provinces et les territoires afin de protéger et mieux promouvoir le français, au Québec et au Canada ».

En effet, les partis de l’opposition font pression sur le gouvernement du Premier ministre Justin Trudeau depuis qu’une députée libérale avait mis en doute l’existence du déclin du français au Québec lors d’une rencontre virtuelle du comité permanent des langues officielles la semaine dernière.

Des propos de la directrice du Parti libéral du Canada pour le Québec, Chelsea Craig, sur Twitter selon lesquels la Charte québécoise de la langue française, plus connue sous le nom de «Loi 101» était « oppressive » et qu’elle aurait « gâché » l’éducation en langue anglaise au Québec, ont aussi alimenté la controverse ces derniers jours.

Depuis, les deux députées se sont rétractées, alors que M. Trudeau a déclaré mercredi au parlement: «nous reconnaissons que pour que le Canada soit bilingue, le Québec doit être d’abord et avant tout francophone et c’est pour ça qu’on appuie la loi 101».

Dans son discours de trône présenté en septembre, le Premier ministre avait souligné que le gouvernement canadien «doit également reconnaître que la situation du français est particulière. Il y a près de 8 millions de francophones au Canada dans un océan de plus de 360 millions d’habitants principalement anglophones. Le gouvernement a donc la responsabilité de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec».

Selon un dernier sondage de la firme Léger, environ 67% des Québécois (et 77% des francophones) affirment être prêts à appuyer des «lois» qui seront adoptées pour mieux protéger cette langue.

L’étude publiée début novembre relève que la situation du français préoccupe 63% des répondants (et 71% chez les francophones), qui souhaitent que le gouvernement procède à des actions pour protéger la langue officielle de la province.

A ce sujet, le ministre en charge de la langue française au Québec, Simon Jolin-Barrette, affirme que le futur plan d’action du gouvernement visant à défendre la langue française pourrait contenir des «mesures coercitives» pour s’assurer que les entreprises respectent la Charte de la langue française.

«Dans le plan d’action que j’ai l’intention de déposer, il y aura des mesures qui vont faire en sorte d’accompagner les entreprises, des mesures, nécessairement, qui seront incitatives, mais, effectivement, il pourrait y avoir des mesures coercitives dans certaines situations», a-t-il confié lors d’un entretien au Journal de Montréal à la suite de l’enquête menée par la publication sur l’incapacité de se faire servir en français dans la métropole.

Pour environ 60% de Québécois, la situation de la langue nationale s’est dégradée au cours de la dernière décennie. La même proportion estime qu’elle continuera de reculer au cours de la prochaine décennie.

Mais c’est à Montréal où le français est en grande perte de vitesse, notamment en tant que langue d’accueil dans les commerces de la métropole et sur les lieux de travail, ce qui a poussé à des appels aux élus de la métropole à assumer une part de la responsabilité.

En effet, selon une enquête sur les exigences linguistiques auprès des entreprises, des municipalités et des arrondissements de Montréal, quelque 40 % des entreprises ont exigé ou souhaité que leurs employés aient des compétences en anglais, lors de leurs dernières embauches au Québec. La proportion atteint même 63 % à Montréal.

Le rapport élaboré par l’Institut de la statistique du Québec fait savoir que 62,9 % des établissements de Montréal ont exigé ou souhaité de telles compétences en anglais pour leurs dernières embauches et 32,2 % pour les établissements hors de Montréal. Pour l’ensemble du Québec, la proportion est de 39,8 %.

Mais au delà du volet législatif, force est de constater que la dégradation du français se fait dans l’indifférence des jeunes de moins de 35 ans. A Montréal, ils sont 58% a affiché un désintérêt total quand à la langue dans laquelle les services leur sont offerts dans les commerces de tous genres.

De l’avis des observateurs, ce recul de la langue de Molière s’explique par plusieurs facteurs notamment le développement technologique, l’évolution numérique, et la diversification de l’origine des nouveaux immigrants.



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