Afrique: Pêche – C’est l’hécatombe au large des côtes sénégalaises et européennes.


Le 21 Novembre 2020 commémorant la journée mondiale de la pêche, les pêcheurs du Sénégal rendent hommage à leurs collègues et concitoyens qui ont perdu la vie en mer en essayant de rallier l’Europe à bord de leurs pirogues.

Le désespoir qui les anime et qui les pousse à quitter leur propre pays est dû à la rareté des ressources principalement causée par l’introduction de bateaux de pêche étrangers.

Au moment où Greenpeace publiait son rapport intitulé « mal de mer » retraçant le pillage des ressources halieutiques de l’Afrique de l’Ouest par des multinationales, le phénomène de l’émigration clandestine dénommé « Barça ou Barsakh » (Barcelone ou la mort) a repris au Sénégal avec des proportions inquiétantes.

En effet, à travers la presse (cf. journal Kritik du lundi 12 octobre 2020) et les réseaux sociaux, il est constaté une recrudescence des convois de pirogues sénégalaises vers l’Espagne et l’arrivée massive de jeunes pêcheurs sénégalais à Ténérife (Espagne).

Le fait marquant de cette nouvelle vague d’émigration de jeunes sénégalais vers l’Espagne, c’est que cette fois-ci, ce sont des pêcheurs professionnels qui empruntent le chemin de l’exil, contrairement aux premières vagues où les pêcheurs étaient seulement des convoyeurs.

Qu’est-ce qui pousse les pêcheurs sénégalais à tourner le dos à leur océan réputé parmi les plus poissonneux au monde? Pourquoi ces pêcheurs choisissent-ils d’aller vers l’inconnu au prix de leur vie?

Les réponses à ces questions se trouvent dans le rapport de Greenpeace susmentionné et se résument à la mauvaise gestion des pêcheries sénégalaises.

En effet, l’introduction illégale et incontrôlée de gros navires de pêche industrielle, l’absence de mesures de gestion appropriées pour faire régénérer les ressources halieutiques, l’implantation d’usines de farine et d’huile de poisson qui concurrencent les femmes transformatrices dans l’accès aux petits pélagiques sont autant d’éléments qui ont conduit les pêcheurs sénégalais à la précarité .

La protection des métiers des pêcheurs, des mareyeurs et des femmes transformatrices devrait être la priorité du gouvernement du Sénégal afin que la pêche puisse continuer à jouer son rôle de création de richesses, de pourvoyeur d’emplois et de contribution à la sécurité alimentaire des populations du Sénégal et de la sous-région.

Durant ces dernières semaines, c’est une catastrophe humaine qui est en train de se produire dans l’espace maritime du Sénégal.

En effet, selon différents médias et organisations de la société civile, pas moins de 480 individus ont perdu la vie en essayant de rallier les côtes espagnoles (îles canaries) à bord de pirogues de pêche artisanale.

Si des mesures rigoureuses ne sont pas prises et mises en œuvre par les autorités, d’autres couches de la population issues des communautés de pêche (pêcheurs, mareyeurs et femmes transformatrices) risquent de tourner le dos à leurs métiers à cause du désespoir et de la rareté de la ressource .

Greenpeace s’indigne face à cette situation qui pouvait être évitée si des mesures de gestion durable des ressources halieutiques avaient été prises en impliquant toutes les parties prenantes.

En effet, dans les processus de négociation des accords de pêche ou de délivrance de licences de pêche, les grandes puissances (UE et Chine) ainsi que le gouvernement sénégalais n’impliquent pas les communautés de pêcheurs comme stipulé dans la législation..

Ainsi, les intérêts des communautés de pêcheurs sénégalais sont sacrifiés au profit des industries de pêche d’origine chinoise ou européenne.

Le mal pouvait être évité si ces populations de pêcheurs pouvaient également bénéficier de ces privilèges mais la triste réalité et que tous ces pêcheurs qui ont pris les pirogues pour rallier l’Europe au péril de leur vie, sont bloqués dans des camps, en attente d’être rapatriés dans leur pays d’origine où ils vont retrouver ces mêmes navires étrangers responsables de leur appauvrissement, piller leurs ressources et. Ah oui, l’UE veut le poisson ouest-african mais pas ses migrants !!!

Greenpeace s’incline devant la mémoire de ces jeunes fils du Sénégal, présente ses condoléances aux familles des disparus et demande aux autorités sénégalaises de mener des enquêtes afin de situer les responsabilités sur les circonstances ayant entraîné la mort de jeunes pêcheurs.

Soutenons-les à travers cette pétition dans la lutte qu’ils mènent pour plus de transparence dans la gestion des ressources halieutiques ainsi que l’arrêt de l’octroi des licences de pêche industrielle pour le bien être des communautés.



Read more

A lire aussi

Laisser un commentaire