Brexit : le coup de sang de Londres pour renverser la pression



Publié le 4 déc. 2020 à 11:38Mis à jour le 4 déc. 2020 à 11:39

Retour à l’envoyeur. Alors que l’UE a fait savoir ces derniers jours qu’elle n’était pas loin d’avoir concédé tout ce qu’elle pouvait , sous entendant que c’était désormais aux Britanniques de bouger, Londres vient de déclencher sa contre-attaque… en accusant, par une offensive coordonnée, le camp européen et en particulier la France d’avoir ajouté de nouvelles demandes dans la dernière ligne droite des pourparlers – « at the eleventh hour », disent les Anglais.

La meilleure défense étant l’attaque, le camp britannique cherche ainsi à faire retomber la pression qui pèse sur lui pour faire les derniers mètres nécessaires à la conclusion d’un accord. Le camp européen dément toute demande nouvelle, mais reconnaît que le ton s’est désormais durci. 

Echanges d’amabilités

Résultat de ces échanges d’amabilités : les chances de parvenir à un accord d’ici la fin du week-end se sont amenuisées. Certains évoquent désormais la perspective d’un potentiel accord autour de lundi ou mardi, juste avant le sommet européen qui s’ouvre à Bruxelles jeudi. 

Le coup de sang britannique, qu’il soit réel ou partiellement mis en scène, est la suite logique d’une séquence médiatique au cours de laquelle les Européens semblaient avoir repris la main. Depuis une semaine en effet, plusieurs pays de l’UE ont distillé le même message à la presse. A coup de conversations éloignées des micros et sous le sceau de la confidentialité, ils se faisaient menaçants : désormais, c’était au tour de Londres de bouger , les Européens ayant déjà été au plus loin de leurs marges de manoeuvre. 

Ascension de l’Everest

Jeudi, une source diplomatique européenne de premier plan mettait ainsi en garde : « nous sommes à quelques millimètres des lignes rouges que nous nous sommes fixées, et peut-être même sommes-nous déjà dessus ». Alors qu’une excitation agite les observateurs depuis plusieurs jours, et que des promesses d’accord imminent ne cessent d’être émises par diverses sources politiques, ce diplomate affirmait « ne pas penser être à quelques heures d’un accord, car il reste encore des divergences importantes à combler ». Une autre source européenne abondait, évoquant les 10 % restant de la négociation comme étant équivalents aux « 500 derniers mètres de l’ascension de l’Everest qui sont, de loin, les plus durs »

La manifestation la plus nette à ce jour de l’intransigeance européenne, c’est Clément Beaune qui l’a donnée, vendredi matin. Interviewé par Europe 1, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes a assuré que la France, en cas d’accord trop accommodant pour Londres, n’hésiterait pas à mettre son veto. « S’il y avait un accord qui n’était pas bon […] nous nous y opposerions », a-t-il assuré, rappelant que « chaque pays a le droit de veto ».

L’interminable ligne droite

S’il est difficile de distinguer, dans ce contexte, ce qui relève de la posture et ce qui traduit de réelles inquiétudes, une certitude se dégage de cette fébrilité : la dernière ligne droite, tant attendue depuis des semaines, est désormais bel et bien là. Mais, stratégie oblige , nul ne sait tout à fait combien de temps elle va durer…

Alexandre Counis et Gabriel Grésillon (Correspondants à Londres et à Bruxelles)



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