Cameroun: Ekambi Brillant – Le chanteur humanitaire


Aujourd’hui, par un spectacle à Douala, l’icône achèvera sa série de shows entamée le 30 octobre dernier à Yaoundé, dans le but de présenter sa fondation.

Avec son concert prévu vendredi, 4 décembre 2020 à la Place Saint-David de Bonanjo à Douala, Ekambi Brillant poursuivra « La Saga des Géants » commencée par un spectacle au palais des Congrès de Yaoundé le 30 octobre dernier. « La Saga des Géants ». Un titre de tournée bien choisi pour faire connaitre une grande ambition. Pour lancer un important projet : la fondation Ekambi Brillant. Une fondation qui participera à redonner à la musique camerounaise ses lettres de noblesse. Et pour la tournée, l’artiste septuagénaire s’est associé à Toto Guillaume. « On ne peut pas choisir mieux », déclare M. Brillant. Une certitude d’excellence primordiale pour faire entendre sa sérieuse ambition et, à l’occasion de la tournée, attirer l’attention de potentiels mécènes qui pourront financer un vaste chantier. Au-delà d’une structure, il s’agit pour Ekambi Brillant de faire un legs à la postérité, en plus de sa musique qu’il offre déjà au public d’ici et d’ailleurs depuis un demi-siècle. Il revient sur cet héritage en devenir dans les pages de CT.

Pourquoi vouloir créer une fondation Ekambi Brillant aujourd’hui ?

La fondation Ekambi Brillant est un vieux projet que j’ai préparé depuis des années. Mais tous les éléments n’étaient pas encore réunis. Après le départ subit de Manu Dibango cette année, j’ai été contraint d’accélérer les choses parce qu’on ne sait ni le jour, ni l’heure. Et j’avais à l’esprit le souci de m’occuper de la jeune génération de la musique camerounaise après être parti d’un constat très malheureux. Je me suis dit que si la situation reste telle quelle, le Cameroun n’aura plus de musiciens. Je me suis mis à travailler et j’ai élaboré l’idée de la fondation. C’est une structure qui a plusieurs compartiments, premièrement l’éducation.

Vous parlez d’un constat malheureux sur la musique camerounaise. Quel est-il ?

La musique camerounaise est dans un piteux état. Il lui manque beaucoup de choses. C’est une chose fade où il manque beaucoup d’ingrédients. Cela est dû à l’insouciance, à l’aventure. Beaucoup de gens se jettent dans le métier en croyant que c’est très facile. Le premier venu prend sa guitare et fredonne n’importe quoi, ou il s’installe devant son ordinateur, il pique des sons ici et là, il mélange le tout pour présenter ça après et dire : c’est ça la musique. Non, ce n’est pas la musique. La musique, c’est le travail. Vous travaillez le don, le don devient le talent, le talent devient le génie. C’est ça la musique.

D’où le conservatoire prévu au sein de la fondation ?

L’idée, en ouvrant un conservatoire, est de faire que les jeunes sachent écrire et lire la musique, qu’ils en maitrisent les codes. Le conservatoire permet aux jeunes de comprendre ce qu’est la musique. La théorie, l’harmonie et comment nous offrir de très belles mélodies. C’est pour que les jeunes puissent maitriser les instruments de musique. D’ici deux ans, je voudrais qu’il y ait un orchestre philarmonique de jeunes filles et garçons au Cameroun. Lors d’un voyage à l’étranger, j’ai vu des jeunes exécuter des chansons de Manu Dibango et Eboa Lotin en philarmonique. Ça a fait plaisir à beaucoup de gens. Les Camerounais sont très doués, mais le don ne suffit pas. Il faut le talent et on travaille pour acquérir le talent. C’est pour cela que j’ai décidé de me lancer.

Est-ce dans ce cadre de redressement de la musique camerounaise que vous avez choisi Toto Guillaume pour « La Saga des Géants » ?

En effet. Le makossa également est dans un piteux état. La personne que j’ai choisie pour remettre les pendules à l’heure s’appelle Toto Guillaume, le capitaine de l’équipe nationale du makossa. Il a fait beaucoup pour ce style musical. Son combat, il ne peut pas le mener seul. Ensemble, on va remettre le makossa sur les rails. On va faire danser le Cameroun, l’Afrique et le monde encore une fois. Nous allons faire un featuring. Il m’a demandé de composer une chanson, qu’il allait faire les arrangements. J’ai écrit une chanson et j’aimerais que ce soit joué par un orchestre philarmonique où Toto aura une grosse part de responsabilité. Comme j’ai fait avec « A Sango ». Je vais refaire autre chose, avec beaucoup plus de violons.

A côté du conservatoire, vous pensez aussi à un musée. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Dans ma carrière, en cinquante ans, j’ai gardé tous les ingrédients qui m’ont aidé dans mon métier. Mes chapeaux, mes costumes, mes chaussures de scène, mes guitares, mes partitions, mes photos, les souvenirs de tous les gens qui m’ont accompagné, nationalités, instruments… C’est tout cela que je voudrais faire vivre aux gens qui ne savent pas que la musique est une grosse industrie. Donc je vais faire un musée Ekambi Brillant. Afin de partager tous ces souvenirs qui m’ont aidé dans ce métier si difficile.

Y a-t-il d’autres volets qu’on va retrouver au sein de la fondation Ekambi Brillant ?

Bien entendu. Il y aura un studio d’enregistrement de pointe. En même temps, on a prévu un petit cabaret pour les mélomanes. On y retrouvera aussi un petit site touristique avec des chambres où je vais créer plein de choses pour pousser les gens à quitter Douala pour aller se détendre, s’évader à Dibombari (département du Moungo, région du Littoral) dans mon village. Il n’y avait pas de place à Douala pour réaliser ce projet. Mais à Dibombari, je vais pouvoir déployer le projet sur trois hectares. On pourra s’installer sous les arbres, profiter du bon vent qui vient du fleuve Wouri, du climat bio, écouter et se laisser inspirer par le chant des oiseaux, admirer les paons. Je compte aussi faire de la pisciculture, ouvrir un restaurant traditionnel… Ce projet, la fondation Ekambi Brillant dans son ensemble, est très important pour moi. Je ne veux pas partir sans rien laisser à mon pays le Cameroun que j’aime tant. C’est pour cela que je prends le risque de me lancer dans cette initiative.

En parlant de laisser quelque chose, vous avez présenté un livre biographique lors du concert de Yaoundé en octobre dernier. De quoi parle-t-il concrètement ?

Le livre retrace mon parcours. L’enfance, l’homme, l’artiste, sa carrière, comment il a composé, pourquoi il a composé, que traduisent ses œuvres, sa contribution à la musique nationale comme internationale. La Crtv m’a fait un jour un documentaire. Mais le documentaire, ce n’est pas un livre. Les paroles s’envolent, les écrits restent. Et il fallait chercher un auteur. Beaucoup qui se sont proposés, mais ces gens ne pouvaient pas le faire parce qu’ils ne connaissent pas mes traditions, les choses de l’eau, les bénédictions que j’ai eues, mes ancêtres. Il y a un jeune enseignant, le Dr Mathias Mondo, qui est le frère cadet d’un de mes anciens trompettistes et qui m’a suivi depuis son jeune âge. Il connait bien ma culture. Il a réussi à échanger avec moi, à prendre tout ce que j’avais au fond de moi, il a couché ça sur papier. Il a su saisir l’essence d’Ekambi Brillant. On a travaillé pendant six mois. Il est entré dans ma vie, il m’a longtemps titillé jusqu’à ce que je sois obligé de cracher les morceaux.

Vous êtes donc dans une démarche d’héritage. Qu’aimeriez-vous qu’on retienne d’Ekambi Brillant ?

Je ne peux pas vous le dire. Il faut lire le livre, il va vous expliquer et chacun fera lui-même la synthèse. Il faut lire le livre. L’œuvre sera traduite en duala, anglais, coréen, pour permettre l’accès au plus grand nombre. Mais, en peu de mots, Ekambi Brillant est un simple monsieur qui avait décidé très jeune, et qui avait dit à ses parents, qu’il serait un grand musicien, une grosse star.



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