Brexit : l’ultime bataille | Les Echos



Publié le 6 déc. 2020 à 14:46Mis à jour le 6 déc. 2020 à 15:22

Le Brexit serait-il simple comme un coup de fil ? Les discussions entre le Royaume-Uni et l’UE pour fixer le cadre de leur future relation post-Brexit sont en tout cas suspendues à l’entretien que doivent avoir ce lundi soir par téléphone la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson.

Alors que doit se tenir un sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’UE, jeudi, certains espèrent que les deux dirigeants parviendront d’ici là à mettre de l’huile dans les rouages d’une négociation qui semble s’être bloquée, en fin de semaine dernière. Une passe d’armes entre Londres et Paris a même fini d’enterrer toute chance de parvenir à un accord dans le week-end, les Britanniques accusant les Français d’ajouter de nouvelles demandes dans la dernière ligne droite – ce que Paris dément catégoriquement. Quant au ministre français des Affaires européennes, Clément Beaune, il a menacé vendredi matin de mettre son veto à un accord qui ne conviendrait pas à Paris. Une prise de position assumée publiquement par la France mais suivie, de façon plus discrète, par d’autres Etats membres.

«Divergences significatives»

Ursula von der Leyen et Boris Johnson, qui se sont parlés samedi après-midi, n’ont ainsi pu que constater les « divergences significatives » qui subsistent dans la dernière ligne droite, sur les trois sujets qui fâchent : la pêche, les conditions d’une concurrence équitable et la gouvernance du futur accord, autrement dit les procédures de résolution des éventuels différends. Ils ont aussi estimé qu’aucun accord ne pouvait être trouvé si ces difficultés n’étaient pas surmontées. Les équipes de négociation, qui avaient interrompu les pourparlers vendredi soir, se sont remises au travail dès dimanche. A Bruxelles cette fois. 

Sur un accord qui pourrait faire au final 750 pages, 650 sont déjà écrites et ne sont plus discutées par les deux parties. Restent une centaine de pages à écrire, de très loin les plus difficiles.

Sur la concurrence, les Britanniques continuent notamment de refuser les « clauses de non régression » que veut leur imposer l’UE, et qui leur interdiraient d’alléger leurs normes sociales ou environnementales par rapport à la situation actuelle, tout comme les « clauses cliquet », qui les empêcheraient de revenir en arrière une fois qu’ils les ont mises en oeuvre. Sur la gouvernance, ils continuent de refuser le mécanisme que Bruxelles veut leur imposer, qui permettrait à chaque camp, en cas de différend dans un domaine (par exemple la pêche), d’imposer à l’autre des compensations dans un autre (par exemple l’énergie). 

Noeud gordien

Au sujet de la pêche, les deux camps s’opposent également : Londres propose de maintenir le statu quo pendant trois ans, une offre insuffisante aux yeux des Européens.

Le Royaume-Uni veut également retrouver une pleine liberté de marge de manoeuvre en matière d’aides d’Etat. L’Union, elle, refuse de le laisser subventionner à sa guise des entreprises qui bénéficieraient ainsi d’avantages indus face à leurs concurrentes du continent.

Dans cette ultime ligne droite, c’est donc un choix politique capital que doit faire Boris Johnson : pris en tenaille entre la fermeté d’une large partie de son propre camp politique et l’intransigeance de l’Union européenne au sujet de sa propre souveraineté, le Premier ministre britannique n’a, semble-t-il, toujours pas tranché. La confrontation enclenchée en 2017 débouche aujourd’hui sur son noeud gordien, comme en témoigne la très nette poussée de tension des tout derniers jours. Cette dramatisation laisse les observateurs dans une incertitude maximale : a-t-elle pour vocation de permettre à l’imprévisible Premier ministre de mieux vendre à son opinion publique un compromis final ? Ou sert-elle, au contraire, de prélude à un échec définitif ? 

Agacement

Seule certitude : les discussions de ce début de semaine risquent de se dérouler dans un climat d’agacement renouvelé à Bruxelles. C’est en effet ce lundi que les députés britanniques doivent réintroduire, à l’occasion d’un vote, les dispositions si décriées du projet de loi sur le marché intérieur , qui détricotent l’accord de retrait signé par Boris Johnson l’an dernier. La Chambre des Lords les en avait expurgées. Pour ne rien arranger, le gouvernement britannique menace de faire de même dans un autre projet de loi sur la fiscalité, qui doit être présenté au Parlement cette semaine.

Alexandre Counis et Gabriel Grésillon (Correspondants à Londres et à Bruxelles)



A lire aussi

Laisser un commentaire