Brexit : Londres abandonne tout détricotage de l’accord de retrait



Publié le 8 déc. 2020 à 16:32Mis à jour le 8 déc. 2020 à 17:16

Pas d’accord sur l’avenir, mais au moins un sur le passé. A défaut d’arracher à ce stade un compromis pour encadrer leur relation post-Brexit, Londres et Bruxelles en ont au moins trouvé un… pour appliquer pleinement ce qu’ils avaient décidé l’an dernier au moment du divorce.

Le numéro deux du gouvernement britannique, Michael Gove, a annoncé ce mardi qu’il renonçait aux clauses si décriées du projet de loi sur le marché intérieur , un accord de principe ayant été conclu avec la Commission européenne sur la manière exacte d’appliquer le protocole nord-irlandais du traité de retrait.

C’est la fin d’un bras de fer qui aura suscité la colère à Bruxelles, où l’on s’était offusqué que Boris Johnson puisse revenir sur sa parole l’encre de l’accord de retrait à peine sèche. La polémique avait aussi enflé à Londres, où de nombreuses voix s’étaient élevées pour regretter que le Premier ministre foule ainsi aux pieds le droit international, au risque d’affaiblir la voix du Royaume-Uni. 

Pas d’incidence directe sur la relation future

S’il est bienvenu, cet heureux épilogue ne préjuge pas, tant s’en faut, de celui des autres négociations en cours, celles qui portent sur la relation future qu’entretiendront les deux blocs . Des discussions qui restent, elles, suspendues à l’entrevue que doivent avoir très bientôt à Bruxelles Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. 

« Je suis toujours optimiste, mais je dois être honnête avec vous, la situation en ce moment est délicate, a indiqué mardi Boris Johnson. Nos amis doivent comprendre que le Royaume-Uni a quitté l’UE pour pouvoir exercer un contrôle démocratique. Nous en sommes encore loin », a-t-il ajouté. 

Le dirigeant conservateur l’a aussi reconnu : malgré son espoir de parvenir à un compromis, « il peut arriver un moment où nous devons admettre que l’heure est venue de siffler la fin de la partie et c’est ainsi ». Et d’ajouter que si son pays devait se contenter d’un « no deal », ce serait « bien aussi ».

Les Européens affichent leur unité

Le négociateur en chef des Européens, Michel Barnier, a de son côté prévenu : « Nous ne sacrifierons jamais notre avenir au prix du moment présent ». « L’accès à notre marché implique des conditions », a-t-il ajouté, en référence au blocage persistant concernant les conditions futures de concurrence entre le Royaume-Uni et l’UE. Un blocage qui apparaît désormais comme le véritable noeud du Brexit. 

Michel Barnier a également mis en avant « l’unité totale » des Européens, une façon de balayer la stratégie récurrente de Boris Johnson, jusqu’à présent inefficace, consistant à tenter de négocier séparément avec les Etats-membres en jouant sur leurs divisions. « S’il espère s’inviter au sommet européen de fin de semaine pour discuter directement avec les dirigeants, il n’a décidément rien compris », assène une source proche des négociations. Pour cette dernière, les pourparlers sont désormais proches de leur point de rupture. 

Alexandre Counis et Gabriel Grésillon (Correspondants à Londres et à Bruxelles)



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