Bafang, du rock à la camerounaise – RFI Musique



Ce duo normand mélange les rythmes du Cameroun à un rock puissant. Dans un premier album décapant, Elektrik Makossa, Bafang propose une musique faite pour ambiancer les longues nuits d’hiver. S’il faudra sans doute attendre avant de les voir sur scène, présentation d’un groupe qui a déjà un long chemin derrière lui.

Dans l’histoire du rock, les duos ont toujours eu une place à part. Des Sparks aux White Stripes, en passant par les Rita Mitsouko en France, ils ont été contraints de se jouer du nombre pour faire une musique souvent directe. S’il est bien différent de ces groupes, Bafang relève de la même alchimie. Il y a d’un côté, Enguerran Harre, 36 ans, à la batterie, et de l’autre, Lancelot Harre, 33 ans, à la guitare, des demi-frères élevés comme des « frangins » qui mêlent un rock puissant à des rythmes venus du Cameroun.

Leur premier album, Elektrik Makossa, propose une fusion dansante et funky. Son titre est un clin d’œil au Soul Makossa de Manu Dibango. Que doivent-ils au « Papa Groove », qui nous a quittés en mars dernier ?  « Notre morceau International Makossa, c’est un remerciement à Manu Dibango et tout ce qu’il a fait en popularisant ce type de danse qu’est le makossa, assure Enguerran. Notre mélange s’est fait assez naturellement. On a essayé de ne pas trop réfléchir. » « Dans nos précédents groupes, on avait déjà fait du rythm’n’blues, du rock, un peu de funk et des musiques africaines. Mais à chaque fois, tout cela était séparé. Ici, on a été dans les différents registres », reprend Lancelot.

Une musique fédératrice

Pour ce premier album, les deux musiciens qui viennent de Caen, en Normandie, ont été chercher des rythmes au Cameroun. C’est dans un pays Bamiléké plein de forêts et à la terre rouge, situé environ à 300 kilomètres à l’ouest de Yaoundé, qu’ils ont une partie de leur famille.

Ils en tirent aussi une bonne partie de leur essence musicale puisque c’est en langue bamiléké qu’ils chantent la plupart du temps. « Là-bas, les gens chantent plus en douala, parce qu’il y a beaucoup de a et de o. Avec le bamiléké, il y a certaines sonorités plus gutturales. C’est un peu plus compliqué. C’était un petit défi de le faire sonner », observe Lancelot.

L’énergique Bamileke nation parle d’un retour aux racines. Portant l’émancipation, il s’agirait d’un pays rêvé où régnerait la paix, la prospérité, et la fraternité entre les peuple. Le propos est encore une fois de faire bouger les corps et chanter le public.

C’est ce que porte notamment Ibabemba, une chanson qui est devenue « leur hymne ». « Ibabemba, c’est tout simplement un voyage au Cameroun. Dans la chanson, on cite plus d’une vingtaine de villes du pays : Yaoundé, Douala, Bafoussam, Bamenda… Dans l’avant-refrain, on dit aussi : ‘Attention, Mami Wata !’ En Afrique de l’Ouest, Mami Wata, c’est un peu comme les sirènes, une divinité qui incarne le vice », rappelle Enguerran. 


 

Leur Njounjou dance est une danse contre le mauvais esprit sur un rythme afro-beat. On pourra regretter le côté répétitif de ce disque, l’absence de pleins et de déliés.  Mais le dernier morceau chanté en arabe dialectal, Essaouira, apporte cette respiration.

Composé autour d’un guembri et de qraqeb, les percussions gnaouas, il tranche avec cette musique voyageuse où l’on lit aussi l’influence de la guitare touarègue. Avec son chèche sur la tête et se lunettes de soleil, Enguerran Harre évoque l’imaginaire de groupes comme Tinariwen, Tamikrest ou Kel Assouf. « J’adore le blues du désert. Le chèche, c’est un apparat. Mais j’aurais beaucoup de mal à jouer sans cela », assure le batteur.   

Un groupe de scène

La musique de Bafang est imaginée avant tout pour vivre sur scène. « Quand on fait un concert, on dit qu’on va ambiancer. Au bout d’un moment, le public et nous sur scène, on ne doit faire qu’un », poursuit Enguerran. En concert, les deux garçons ont d’ailleurs besoin d’être proches l’un de l’autre physiquement.

Lorsqu’ils ont ouvert le festival de Beauregard, le 6 juillet 2018, ils ont par exemple demandé à l’équipe technique que la batterie soit posée à même la grande scène, et non surélevée, afin qu’ils puissent sentir leurs présences réciproques. 

Les deux trentenaires, ex-membres d’un groupe énervé, les Ashes Warriors, font de la musique depuis plus de vingt ans ensemble. Ils ont été très vite avec un duo qui n’existe que depuis deux ans et demi. À la rentrée, ils étaient à l’affiche d’une comédie musicale, Le royaume des animaux, mise en scène par Elise Vigier et Martial Di Fonzo Bo, le directeur la Comédie de Caen.

Entre les deux confinements, cette expérience de musique pour le théâtre a été une grande nouveauté. « On rigole bien avec ça. Il s’agit de créer des ambiances. C’est presque comme si on faisait de la musique de film. On se met au service de l’histoire », relate Lancelot.

Si la Covid-19 le permet, c’est dans la première moitié de 2021 qu’on pourra retrouver nos deux frères dans leur élément naturel, une salle de concert. Ils rêvent aussi de monter une tournée en Afrique et d’aller jouer…à Bafang, la ville du Cameroun à laquelle ils ont emprunté leur nom.                                                                                                  

Bafang Elektrik Makossa (Soulbeats Records / M’A Prod) 2020
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