Brexit : Londres renonce à appliquer à Washington certaines sanctions commerciales de l’UE



Publié le 9 déc. 2020 à 13:06Mis à jour le 9 déc. 2020 à 13:18

C’est la première décision commerciale de Londres pour l’après Brexit, et elle s’éloigne de la position européenne. Le Royaume-Uni cessera d’appliquer au 1er janvier les mesures de rétorsions récemment imposées par Bruxelles à Washington dans le cadre de leur différend sur les aides d’Etat accordées dans la bataille Boeing-Airbus. 

Tracteurs, tabac, jus de fruits ou encore poisson : Londres abolira dès sa sortie de l’UE les tarifs allant jusqu’à 25 % imposés en novembre par Bruxelles sur 4 milliards de dollars de produits américains en réponse à des aides versées par Washington à Boeing, et depuis jugées illégales par l’OMC.

Geste d’affirmation par rapport à Bruxelles

« En tant que nation redevenue commercialement indépendante, nous avons enfin la capacité d’ajuster ces tarifs à nos intérêts et à notre économie, s’est félicitée mardi soir la très Brexiter ministre britannique du Commerce international, Liz Truss. Au final, nous voulons apaiser le conflit (Airbus-Boeing) et parvenir à un règlement négocié, pour que nous puissions approfondir notre relation commerciale avec les Etats-Unis et tirer un trait sur tout cela », après 16 ans de disputes. 

Ce geste d’affirmation par rapport à Bruxelles et de bonne volonté vis-à-vis de Washington n’est pas sans arrière-pensées. Il vise à améliorer les relations avec l’administration américaine, alors que Londres cherche au moment du Brexit à signer un accord commercial avec les Etats-Unis, bien que l’élection de Joe Biden vienne compliquer la donne. « Je ne vais pas entrer dans un nouvel accord commercial avec quiconque avant que nous ayons investi, ici à la maison, dans nos travailleurs et notre éducation », a indiqué la semaine dernière le président élu, là où Donald Trump paraissait plus allant.

Appel du pied à Washington

La décision de Londres est aussi un appel du pied pour que les Etats-Unis annulent symétriquement certaines de leurs mesures de rétorsions sur les produits britanniques. Washington avait imposé l’an dernier de nouveaux tarifs punitifs à 7,5 milliards de dollars de produits européens… après des aides d’Etat européennes versées à Airbus, et elles aussi reconnues illégales par l’OMC. Des sanctions qui pénalisent les fromages français, les vins espagnols, mais aussi le whisky écossais. Selon la Scotch Whisky Association, les exports vers les Etats-Unis ont ainsi plongé de 30 % sur l’année écoulée.

Au-delà du sens que Londres veut donner à son geste, il n’est pas certain que le Royaume-Uni ait vraiment eu le choix. Sa sortie de l’UE ne lui donnait de toute façon pas le droit de continuer à imposer de telles sanctions aux produits américains au-delà du 1er janvier, estiment des sources européennes citées par le « Financial Times ». Le seul plaignant dans le différend Boeing porté devant l’OMC est en effet l’UE.

Maintien d’autres tarifs punitifs

Ce n’est pas le cas en sens inverse : selon les mêmes sources européennes, les Etats-Unis peuvent continuer à imposer des sanctions au Royaume-Uni, car le cas Airbus qu’ils ont porté devant l’OMC vise non seulement l’UE, mais aussi directement l’Espagne, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

Londres ne baisse, de toute façon, pas complètement la garde. Le gouvernement a prévenu qu’il se réservait le droit d’imposer de nouveaux tarifs à Washington « si aucun progrès satisfaisant n’est fait vers un agrément acceptable ». Il a aussi maintenu les tarifs punitifs qu’avait imposés Bruxelles sur le bourbon, les motos et les jeans américains après ceux décrétés par l’administration Trump sur l’aluminium et l’acier européens. « Nous protégeons notre industrie de l’acier contre les tarifs injustes et illégaux, et nous continuerons à le faire », a prévenu Liz Truss.



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