Brexit : le week-end de la dernière chance



Publié le 10 déc. 2020 à 17:40

Ils se sont donné jusqu’à dimanche pour aplanir leurs divergences. Mais est-ce encore possible ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson, se sont donné rendez-vous à la fin du week-end pour prendre une décision sur l’avenir des pourparlers en cours à propos des futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni. Mais le dîner qui les a réunis, mercredi soir à Bruxelles , est loin de laisser penser que les deux camps peuvent d’ici là arracher un accord.

Le dîner a beau avoir été « vivant et intéressant », comme l’a dit à son issue Ursula von der Leyen, ou donner lieu à une discussion « franche », comme l’a estimé Boris Johnson, force est de constater qu’il n’a permis aucune percée. Et trois heures d’entretien ont surtout servi à constater, une fois de plus, combien les positions des deux camps restent, sur la pêche mais surtout sur les conditions d’une concurrence équitable et sur les futurs modes de résolution des conflits, « très éloignées ».

830 milliards d’euros d’échanges en jeu

Derrière leurs chefs, Michel Barnier côté européen et David Frost côté britannique, les deux équipes de négociateurs se sont remises au travail dès jeudi, pour tenter de rapprocher ces positions diamétralement opposées : d’un côté l’UE refuse de brader l’accès à son marché, en demandant à Londres de ne pratiquer aucun dumping social ou environnemental pour pouvoir en bénéficier ; de l’autre, le Royaume-Uni veut, au nom de sa souveraineté retrouvée, avoir les coudées franches pour décider de ses lois et des aides d’Etat qu’il souhaite distribuer.

Le problème, c’est qu’à ce stade aucune piste pour surmonter ces divergences ne semble se dessiner. Les derniers jours ont surtout permis à Boris Johnson de tenter de parler directement à Emmanuel Macron ou Angela Merkel pour tenter de jouer sur leurs désaccords, et à l’UE de lui imposer au contraire comme seul interlocuteur la Commission, et d’afficher haut et fort son unité. Mais aucune avancée significative n’a pu être constatée. Un « no deal » serait pourtant désastreux : à défaut d’un accord commercial, ce sont les règles de l’OMC qui viendraient s’appliquer. En jeu, pas moins de 830 milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels, aujourd’hui libres de tout quota ou tarif douanier, et qui risquent d’en supporter au 1er janvier.

Mesures de contingence en cas de « no deal »

A Bruxelles, où la question du Brexit a délibérément été laissée de côté lors d’un sommet entre chefs d’Etat et de gouvernement, la Commission européenne a fini par se résoudre, jeudi, à présenter ses mesures de « contingence » en cas de Brexit sans accord. La publication était réclamée depuis des semaines par de nombreux Etats-membres, mais Bruxelles prenait tout son temps, afin de ne pas envoyer un signal trop négatif en pleine négociation avec Londres. 

« Notre responsabilité est de nous préparer à toutes les éventualités, y compris celle de ne pas avoir d’accord en place avec le Royaume-Uni au 1er janvier 2021 », a justifié Ursula von der Leyen. Avant d’ajouter : « Il existe désormais une grande incertitude quant à l’existence même d’un accord le 1er janvier ».

Londres circonspect

Le plan de la Commission concerne les secteurs aérien et routier ainsi que la pêche. En matière aérienne, la Commission propose de maintenir la connectivité pendant six mois, à condition que Londres opte également pour le statu quo. Sur le plan routier, l’idée est de préserver, pour six mois également, une connectivité minimale pour les marchandises et les passagers. Mais là encore, il faut que Londres soit sur la même ligne. 

Enfin, concernant la pêche , Bruxelles propose un cadre valable jusqu’à la fin 2021 consistant à maintenir un accès « réciproque des navires de l’UE et du Royaume-Uni aux eaux de l’autre partie ». Encore faut-il que Londres accepte ce compromis, sachant que les Européens qui vont pêcher dans les eaux britanniques sont beaucoup plus nombreux que leurs homologues britanniques s’aventurant dans les eaux européennes. Un porte-parole de Downing Street s’est montré particulièrement réservé, jeudi. Il a rappelé que le Royaume-Uni comptait « reprendre le contrôle » de ses eaux au 1er janvier.

Alexandre Counis et Gabriel Grésillon (Correspondants à Londres et à Bruxelles)



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