Au Japon, une revue contre les stéréotypes genrés



Afin de surmonter les clichés genrés qui persistent dans le pays, où le mariage homosexuel n’est toujours pas légalisé, quatre trentenaires ont lancé en octobre une revue pour mettre en cause la dualité homme-femme.

Au Japon, pays qui a toujours du mal à se défaire de ses valeurs patriarcales, un groupe de jeunes a lancé mi-octobre la revue Iwakan (un terme désignant l’impression d’être en décalage avec les autres). Elle est destinée aux jeunes et veut lutter contre les stéréotypes genrés, rapporte l’Asahi Shimbun. Le quotidien a dépêché un journaliste à la rencontre de l’équipe de la revue.

Dans le premier numéro défilent des photos comme celle d’un étudiant en uniforme scolaire noir [lequel est très genré au Japon] qui se maquille dans un train. Sur une autre image, est écrit : ‘C’est moi qui choisis ce que je suis. Ce n’est pas à mon genre sexuel de déterminer mon identité.’

“Lever la voix contre les clichés”

Dans le premier numéro de la revue, qui met ouvertement en cause la dualité homme-femme structurant la société japonaise, figurent ainsi un grand entretien avec un des organisateurs de la Tokyo Rainbow Pride et une enquête sur les clichés stéréotypés diffusés par les internautes. L’entreprise qui publie le magazine est la branche média d’une société d’événementiel déjà à l’origine de conférences sur les droits des personnes LGBT.

C’est la récente disparition d’une revue gay spécialisée qui a convaincu le photographe Kotetsu Nakazato et un des quatre éditeurs d’Iwakan de la nécessité de ce projet. Il entend s’opposer au “recul des médias sur les sujets concernant la sexualité, alors que les valeurs en la matière commencent à changer dans la société”. “On voulait lever la voix contre les vieux clichés selon lesquels les hommes ne devraient pas se maquiller et les femmes devraient être pudiques, par exemple”, ajoute Ed Oliver, un autre éditeur d’Iwakan, cité par l’Asahi Shimbun.

Les journalistes appartenant eux aussi aux communautés LGBT, la revue condense leurs expériences au quotidien. Nakazono, qui expose des photos sur la virilité, a mis du temps à comprendre qu’il n’était pas tout simplement gay comme il le pensait, mais plutôt non binaire. “Dans ma vie, je cherchais toujours à devenir homme, en essayant de m’adapter aux normes de la virilité macho que cela exige. C’était très dur”, se rappelle-t-il.

Créer un pont

En septembre dernier, un conseiller municipal d’un arrondissement de Tokyo avait provoqué de vives critiques en déclarant que les minorités sexuelles pourraient à terme provoquer l’effondrement de sa ville. Mais Nakazawa n’entend pas épingler ces opinions homophobes, il ne souhaite pas diviser. “Ce sont les valeurs avec lesquelles [ce conseiller] a grandi. Il n’en reste pas moins que nous devons cohabiter avec ces personnes, et le lynchage ne fait pas partie de nos choix. Ce qu’on doit faire, c’est chercher des points de compromis entre eux et nous, dans le respect de nos valeurs et des leurs”, raconte Nakazato, qui espère que sa revue deviendra “un pont” entre les deux camps.

Les prochains numéros de la revue seront publiés à quelques mois d’intervalle, avec des dossiers sur le mariage et la politique. Les quatre éditeurs espèrent qu’Iwakan “deviendra un magazine que les LGBT vont toujours garder dans leur bibliothèque. Mais ce sera mieux quand tous les sujets dont on parle seront dépassés et qu’Iwakan sera un vieux magazine inutile.”





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