Barrage d’Assouan: les populations nubiennes réclament le retour à leurs terres



Publié le :

À cheval entre le Soudan et l’Égypte, le peuple nubien a traversé six millénaires d’histoire. Des pharaons aux invasions étrangères, ils incarnent un peuple mythique. Dans la région d’Assouan, ils ont été chassés de leurs terres en 1964 pour la construction du grand barrage voulu par le président Nasser. Aujourd’hui encore, ils réclament leur restitution. 

Il joue désormais pour les touristes de passage. Ramadan Mahjoub est l’un des derniers joueurs de Kissir, un instrument à corde traditionnel. Il conte son paradis perdu, englouti par les eaux il y a près de 60 ans : « Nous vivions en dessous. Depuis qu’il y a les deux barrages, l’eau a tout submergé. Avant, c’était mieux que maintenant. Il y avait moins de touristes, mais c’était mieux. »

« J’ai déjà acheté tant de souvenirs que je n’ai plus de place dans ma valise. » Les touristes peuvent justement profiter du charme nubien à West Soheil, à quelques kilomètres d’Assouan. En bord de Nil, ce village aux maisons colorées et à l’artisanat typique fait rêver Kamal et Nikka, un couple en voyage de noce : « J’ai vu des maisons colorées, des gens en habit traditionnel. Mais j’aurais voulu découvrir autre chose que la façade touristique. J’aurais aimé découvrir de l’art et ressentir des émotions. »

Mais la réalité des Nubiens est tout autre. À une centaine de kilomètres au nord d’Assouan, le village de Dehwit, une ville nouvelle sortie de terre en 1964 spécialement destinée aux Nubiens. Vivant du commerce le long du Nil, ils se sont retrouvés ici, sans ressources, ni infrastructures. Autour d’un café avec ses amis d’enfance, Abdoula raconte pourquoi il a dû quitter son village : « Tu dois partir parce qu’il faut bien faire quelque chose. Je suis travailleur social, mais quand j’ai fini mes études, je n’ai reçu aucun soutien du gouvernement. Enfin, ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de travail pour nous. »

Certains poursuivent pourtant la lutte. Bassam fait partie de cette jeune génération qui réclame toujours le retour à la terre de ses ancêtres. Mais le gouvernement fait la sourde oreille : « Je vais me battre et continuer de parler le nubien et ce, jusqu’à ce que l’on revienne en Nubie, parce que c’est là que l’histoire a commencé. »

L’histoire d’un peuple et d’une civilisation vieux de cinq millénaires, aujourd’hui tourmenté par la modernité.



rfi

A lire aussi

Laisser un commentaire