Brexit : la tournure des pourparlers bien accueillie par les « Tories » hard Brexiters



Publié le 17 déc. 2020 à 16:51Mis à jour le 17 déc. 2020 à 19:09

Toutes les inquiétudes n’ont pas été levées, et la nervosité reste perceptible. Mais quelque chose a changé, ces derniers jours à Londres, dans les rangs des députés conservateurs. Oubliée, la défiance qui prévalait encore la semaine dernière vis-à-vis d’une Commission européenne accusée de vouloir « punir » le Royaume-Uni à chaque fois qu’il s’écarterait des règles européennes. Depuis les progrès enregistrés le week-end dernier sur les conditions d’une concurrence équitable avec l’UE , l’ambiance apparaît désormais favorable pour les discussions sur l’après-Brexit avec Bruxelles.

« Il y a toujours une peur que Boris Johnson ne cède trop de terrain face à l’UE pour arracher un compromis, estime Tim Bale, politologue à l’Université Queen Mary. Mais elle est compensée par l’envie de conclure un accord. Et il y a maintenant une dynamique pour approuver, quel qu’il soit, celui que le Premier ministre rapportera. »

Changement d’état d’esprit

Signe de ce changement d’état d’esprit, l’activisme ces derniers jours du ministre chargé des Relations avec le Parlement, le très Brexiter Jacob Rees-Mogg, qui dit les députés prêts à approuver l’accord en 24 heures chrono, plus 24 autres pour les Lords. Quitte à les rappeler de leurs congés lundi à 9 heures, si un accord était trouvé dans le week-end. Autre signe encourageant, la rumeur qui a enflé mardi soir à Westminster sur la conclusion imminente d’un accord avec Bruxelles. L’information était fausse, mais l’anecdote montre combien les députés eurosceptiques conservateurs, régulièrement briefés sur l’avancée des discussions par le conseiller Europe de Boris Johnson, semblent désormais satisfaits de la manière dont se dessine le « deal ». 

Il faut dire que le Premier ministre n’a pas ménagé sa peine ces dernières semaines pour les amadouer, quitte à accentuer la dramaturgie pour se poser en gardien de leurs intérêts, et à jouer des mêmes recettes que celles qui ont fait son succès pour faire adopter au Parlement l’accord de retrait de l’an dernier : affecter d’abord une grande fermeté vis-à-vis de l’UE, lâcher ensuite du lest pour décrocher un compromis, puis le présenter comme un succès diplomatique à mettre à son crédit. Pour montrer combien il s’investit, des photos l’ont mis en scène dans la pénombre de son bureau, suspendu au téléphone avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ou en train de monter l’échelle de son jet pour aller discuter en direct avec elle à Bruxelles.

Une arithmétique favorable au Parlement

A la différence de l’accord de retrait de l’an dernier, qui devait impérativement être ratifié par les députés, le parlement britannique n’a cette fois-ci pas le pouvoir de bloquer l’accord commercial qui pourrait être trouvé avec Bruxelles. Mais sur le plan politique, Boris Johnson peut difficilement se passer de l’aval de son parti. D’autant que l’accord nécessitera l’adoption de mesures législatives.

Le dirigeant conservateur devrait avoir d’autant moins de mal à faire passer l’accord au Parlement que l’opposition travailliste ne votera pas contre le texte. La rébellion chez les « Tories » devrait de toutes façons être limitée. Le différend sur la pêche ne préoccupe réellement que 10 à 20 députés hard Brexiter du parti. Et seule une soixantaine s’inquiète encore du mécanisme devant garantir une concurrence équitable avec l’UE. Mais pas plus de 10 à 20 d’entre eux pourraient voter contre l’accord.



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