A 13 ans, Marly mariée de force à son cousin : « ma vie a basculé… » | Africa Guinee


MAMOU- L’histoire de Marlyatou Diallo est atypique. Mariée de force en 2009 à l’âge de 13 ans alors qu’elle faisait la 8ème année, cette fille a vu son adolescence basculer. Marly a été donnée en mariage à son cousin qui vivait au Gabon, contre son gré. Mais ses parents l’y ont obligé. Au départ, c’est sa grande sœur que le prétendant voulait, mais cette dernière a décliné l’offre à la dernière minute. Voulant coûte que coûte sauver l’honneur et les liens familiaux, le père de Marly proposa alors à l’homme la cadette, mineure.  

Après le mariage, Marly et son époux prennent alors la route du Gabon. La vie de l’adolescente a basculé là. La vie de couple a été un enfer sur terre pour elle. Elle a pu regagner la Guinée. Rencontrée par Africaguinee.com, Marlyatou Diallo, raconte son histoire… déchirante. Au Gabon, elle s’est résout à fuir son mari. Elle a eu son salut grâce une famille chrétienne qui l’a aidé à regagner la Guinée. Marly a repris une vie normale, mais regrette que ce mariage ait perturbé ses études. Aujourd’hui, elle se bat pour décrocher son Bac. Devenue chrétienne, elle se bat aussi contre le poids de la stigmatisation. C’est l’histoire pathétique de cette fille originaire Horé Fello (Mamou).  

 « J’ai été mariée à l’âge de 13 ans. Normalement, c’est ma grande sœur qui devait être donnée en mariage à ma place. C’est quand elle a refusé que mes parents ont décidé de me donner en mariage pour honorer la famille. Ma vie a basculé à partir de là. Je faisais la 8ème année. Après la célébration du mariage, le plus douloureux pour moi a été de quitter le pays. Je ne le voulais pas. J’ai même brûlé mon passeport. Mais l’homme avec lequel je me suis mariée s’est battu pour qu’on aille au Gabon. On est passé par le Togo où on a fait deux semaines. Là, je vivais avec une famille. Je me souviens, la femme-là avait même demandé à mon mari pourquoi il n’a pas choisi une grande fille.

Arrivé aussi au Gabon à l’aéroport, j’avais créé des problèmes. Mais là aussi, comme il y a la corruption partout, il a réussi à nous faire passer. Je ne connaissais personne là-bas. Il me frappait pour m’avoir au lit. Un jour il m’a même dit : ici tu ne connais personne. Je suis ton père, je suis ta mère. Donc je peux te faire tout ce que je veux. Mon papa savait que je n’étais pas prête pour le mariage. Il avait demandé à l’homme d’attendre pendant deux ans avant de consommer le mariage, il n’a pas accepté. Quand on est arrivé au Gabon, il y a une femme peuhle qui m’avait accueillie. Même cette dernière disait que je suis une gamine. Elle a demandé à mon mari de me laisser là-bas, je vais aller à l’école avec ses enfants. Mais, lui il était pressé. Donc, il est allé chercher une maison et il est venu me prendre de force pour m’amener là-bas vivre avec lui.

A chaque fois que je le rappelais pour qu’il m’inscrive à l’école, mais en vain. Il ne faisait que me blesser. Il pouvait sortir sans me laisser à manger. J’ai trouvé mon salut avec une femme congolaise qui avait vu ma position. Elle me venait en aide. Mais ça aussi, mon mari est venu rencontrer cette famille pour lui interdire cela. Pendant un an et demi, il me frappait, parce qu’il voulait coucher avec moi alors que je ne connaissais pas ça. Je ne faisais que pleurer. Je me disais que me vie est détruite.  Un jour quand il m’a menacé. C’est à partir de là que je me suis dite, advienne que pourra, bien que je ne connaissais pas la ville, mais j’ai décidé de quitter.

J’ai marché pendant 3 jours. Je ne mangeais pas et mes pieds étaient enflés. C’était l’enfer pour moi, j’étais désespérée. J’ai fait des mois et des mois dans un centre d’accueil au Gabon avant que je ne sois récupérée par une Femme qui m’a inscrite à l’école. Même à l’ambassade de la Guinée au Gabon on avait été. Mais ces gens-là, au lieu de m’aider, ils m’ont suggéré de retourner chez mon mari. Chose que j’ai refusée. Donc, j’ai étudié là-bas pendant un an chez la femme là avant que je ne retourne au pays. J’avais perdu tout contact avec ma famille en Guinée. Ma maman pensait que j’étais morte, d’autres disaient que j’ai quitté mon mari pour faire du banditisme là-bas.

J’avais noté les numéros de ma famille avant de partir. Mais mon mari avait brulé l’agenda. Du coup, je ne pouvais communiquer avec personne. C’est seulement le numéro de ma grande sœur que je retenais. Quand je devais rentrer, je l’ai appelé mais elle avait peur de partir me chercher à l’aéroport. Elle m’a dit qu’elle n’était pas à Conakry. Donc, quand je suis revenue, j’étais avec les gens de l’action sociale. On était à Dixinn. Mes parents voulaient me voir, mais moi je ne voulais pas. C’est la femme qui m’hébergeait qui m’a conseillée de les rencontrer. J’avais pris du temps avant de les pardonner. Je suis là avec eux mais le mal qui me ronge, c’est parce que cela a perturbé mes études. Je devrais finir mes études cette année. Malheureusement, je cherche toujours le BAC après trois tentatives cette année. J’ai renoué avec la famille mais ma sœur ne parle toujours pas avec eux », raconte Marly, aujourd’hui âgée d’une vingtaine d’année.  

Issue d’une famille musulmane, le calvaire de Marly ne s’arrête pas là. Les difficultés rencontrées au Gabon, l’ont conduit à changer de religion, indique une de ses proches.

« Elle a été hébergée par une famille chrétienne au Gabon quand elle a quitté chez son mari. A force de les suivre à l’église, elle a fini par embrasser le christianisme. Quand elle est revenue ici, ses parents ont voulu qu’elle change de religion. Mais elle a refusé. Ils ont voulu l’y obliger, mais ils ont finalement décidé d’abandonner. Elle avait tenté même de se suicider quand ses parents ont une fois brulé quelque chose qu’il avait reçu des chrétiens. Depuis ça, ils ont laissé. Dans toute la famille, elle est la seule chrétienne. Elle fréquente régulièrement l’église. Pour elle, ce sont ses parents qui l’ont conduit à cela », indique une de ses cousines.

Habib Samaké

Correspondant régional

D’Africaguinee.com à Mamou



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