Brexit : les positions se rapprochent dans l’ultime ligne droite



Publié le 22 déc. 2020 à 18:09Mis à jour le 22 déc. 2020 à 18:30

« To deal or not to deal », c’est encore la question. Mardi, les Européens et les Britanniques peinaient toujours à trouver un éventuel accord sur leur future relation commerciale. Mais les positions se rapprochaient, relançant l’espoir d’un accord avant la sortie définitive du Royaume-Uni de l’UE, le 31 décembre à 23 heures GMT.

Les discussions se poursuivent sur la pêche, un sujet au faible poids économique mais devenu un enjeu politique des deux côtés de la Manche. Le Royaume-Uni, au nom de sa souveraineté retrouvée, veut voir les Européens renoncer à une partie des captures de leurs pêcheurs dans les eaux britanniques. Bruxelles s’y est résolu mais veut limiter l’effort à fournir et disposer du temps nécessaire pour que ses professionnels puissent absorber le choc.

Enfin un geste de Johnson

Au départ, Bruxelles n’acceptait de réduire que de 18 % les prises, total à atteindre au fil d’une période de transition de 10 ans. L’offre a ensuite été portée à 25 % et six à huit ans. Lundi soir, Londres, qui réclamait au moins 60 % sur trois ans, a à son tour fait un pas, en proposant une baisse de 35 % (en valeur, pas en volume) sur cinq ans. La France, en première ligne sur ce dossier, a refusé dans la nuit.

Ces efforts mutuels témoignent à tout le moins d’une volonté partagée de se donner des chances d’aboutir. Les deux camps ont conscience qu’un échec des discussions serait préjudiciable dans une période où les économies sont déjà très ébranlées par la crise sanitaire, a fortiori dans un contexte marqué par l’apparition d’ une nouvelle souche plus virulente du Covid-19.

Macron prêt au « no deal »

Le suspens n’en demeure pas moins total. Chacun a fait savoir que sa proposition se voulait « la dernière ». Et si un atterrissage autour de 30 % à 35 % de captures en moins sur six à huit ans, par exemple, semble imaginable, encore faut-il s’entendre aussi sur ses modalités fines, avec des objectifs à définir par espèce de poissons et par zone de pêche. En outre, les neuf Etats membres directement concernés (ceux qui disposent de flottes de pêches) devraient également se répartir l’effort – c’est la négociation dans la négociation. Par exemple, les précédentes offres européennes prévoyaient une baisse plus drastique pour les pêcheurs belges que pour les Français.

Les négociations restent en outre très difficiles sur les règles à l’issue de la période de transition. Le Royaume-Uni veut alors récupérer le contrôle total de ses eaux, et donc la possibilité de revenir sur les quotas de pêche des Européens. L’UE veut pouvoir alors exercer en réponse des mesures de rétorsions sur différents secteurs – pas juste les produits de la mer. Les Britanniques veulent en réduire l’éventuelle portée.

Ursula von der Leyen veut conclure

La France joue un rôle central. D’autres Etats côtiers, comme les Pays-Bas et le Danemark, sont aussi très attentifs aux devenirs de leurs pêcheurs, mais pour Londres, c’est bien Emmanuel Macron l’homme à désormais convaincre avant tout. Paris martèle toujours qu’un « no deal » vaudrait mieux qu’un mauvais accord et pointe, pour ne pas se laisser isoler sur la seule question de la pêche, que d’autres pans de l’accord restent encore à mieux verrouiller, en particulier sur les conditions d’une concurrence loyale. L’unité des 27 est mise à rude épreuve, tant Berlin et d’autres capitales, ainsi que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sont, elles, désireuses de sécuriser au plus vite un accord dont les enjeux globaux sont bien plus importants que la seule question de la pêche.

La journée de mercredi pourrait être décisive. En tout état de cause, l’UE, pragmatique, vient d’adopter des mesures d’urgence pour maintenir, en cas de « no deal » le trafic aérien et le transport routier avec le Royaume-Uni, sous réserve de réciprocité. L’Accord de retrait négocié l’an passé fournit aussi des garanties pour préserver la paix sur l’île d’Irlande et protéger le droit des expatriés de part et d’autre de la Manche.



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