Aldo de Silva, toute une vie à « Jeune Afrique » – Jeune Afrique



Décédé dans sa ville de Rome le 20 décembre 2020, il fut, pendant cinquante-deux ans, le directeur artistique de « Jeune Afrique », et l’une des âmes de l’hebdomadaire.


Même aux lecteurs les plus fidèles et les plus anciens de Jeune Afrique, son nom ne dira peut-être pas grand-chose. Il en fut pourtant, pendant un demi-siècle, l’un des principaux collaborateurs. Mieux : l’un des piliers.

À Jeune Afrique, la rédaction, c’était Béchir Ben Yahmed, mais le style, c’était Aldo de Silva

Aldo de Silva n’écrivait pas d’articles, ne signait pas d’éditoriaux, mais laissait sa patte dans chaque numéro : il en assurait la mise en page et, plus encore, la direction artistique.

À Jeune Afrique, la rédaction, c’était Béchir Ben Yahmed, mais le style, c’était Aldo de Silva, un Italien que le patron du groupe avait recruté à Rome, en 1963, à l’époque héroïque où l’hebdomadaire, soucieux de son indépendance, avait fui Tunis sans pouvoir s’installer à Paris, où il était encore non grata.

Le débutant qu’était le jeune Aldo de Silva (il avait tout juste 28 ans) resta fidèle à l’hebdomadaire lorsque l’embargo qui frappait Jeune Afrique en France fut enfin levé, et accepta de suivre l’équipe à Paris.

Modifications de logo, améliorations visuelles…

Ce grand déménagement (octobre 1964) s’accompagna d’une mutation graphique majeure : de simple tabloïd imprimé en noir et blanc (avec une couleur d’accompagnement), Jeune Afrique se transforma en magazine, comparable aux grands hebdomadaires américains (Time, Newsweek), allemands (Der Spiegel) ou français (L’Express).

Jeune Afrique connaîtra beaucoup d’autres transformations : changements de typographie, modifications du logo, améliorations visuelles, menées toujours de main de maître par un directeur artistique extraordinairement créatif et énergique.

Il avait parfois l’aspect d’un ours (mal léché). Mais cette réserve, cette timidité peut-être, cachaient sa grande sensibilité

J’ai eu, pour ma part, la chance de pouvoir faire, comme directeur de la rédaction, un petit bout de chemin (1968-1974) en compagnie de celui qu’on appelait tout simplement Aldo. Ce fut une très grande satisfaction professionnelle et une expérience humaine très gratifiante.

Aldo n’était pas un bavard (il n’a d’ailleurs jamais réussi qu’à baragouiner le français). Il avait parfois l’aspect d’un ours (mal léché). Mais cette réserve, cette timidité peut-être, cachaient sa grande sensibilité.

Quelques belles engueulades

J’ai eu avec Aldo quelque belles engueulades, à cause d’un retard dans le bouclage, d’un désaccord sur l’importance à donner à une photo ou à un titre, et autres broutilles qui, sur le moment, paraissent cruciales. Mais l’estime que nous nous portions et l’amitié que nous avions fini par établir entre nous n’en furent jamais affectées.

Doté d’une énergie créatrice exceptionnelle, il fit face, à lui seul, à l’énorme production graphique du groupe

Doté d’une énergie créatrice et d’une puissance de travail exceptionnelles, Aldo de Silva fut capable de faire face, à lui tout seul, à l’énorme production graphique du groupe qui s’est constitué petit à petit autour de l’hebdomadaire : des suppléments divers, des annuaires, des atlas, des albums.

Rien n’était impossible à Aldo, jusqu’à ce que sa santé ne commence à lui jouer des tours. Épuisé, il dut se résoudre, en 2015, à prendre sa retraite, après cinquante-deux ans (un record !) de bons et loyaux services.

Il voulut finir ses jours dans sa ville natale. Aldo s’est éteint à Rome le 20 décembre 2020, à l’âge de 85 ans. Tous ceux qui l’ont connu en sont infiniment tristes.





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