Brexit : pourquoi la raison l’a finalement emporté



Publié le 24 déc. 2020 à 18:02

Alléluia ! Il est né le divin accord de partenariat entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. A la veille de Noël, tout un symbole. Dix mois de négociations menées tambour battant, avec sa dramaturgie, ses ruptures par dizaines et ses rebondissements, toujours au rendez-vous.

Si la perspective d’un échec a toujours constitué le fond du tableau, c’est la dynamique du compromis qui a dominé le théâtre des négociations. C’est plus facile à dire aujourd’hui, mais cet heureux épilogue était la seule issue rationnelle et raisonnable à cette longue saga démarrée il y a plus de quatre ans par un douloureux référendum. Elle a fini par s’imposer.

A l’exception de quelques irréductibles Brexiters prêts à sacrifier l’avenir de leur pays sur l’autel de leurs convictions, tous en étaient convaincus : une sortie du Royaume-Uni sans accord aurait constitué un désastre pour le pays. Les économistes, la Banque d’Angleterre, les fédérations d’entreprises, les syndicats ont martelé depuis le premier jour qu’une rupture complète des liens avec le continent se paierait cher et pendant longtemps. La raison en est simple : l’Union européenne représente 43 % des exportations de l’île . La mise en place de droits de douane et de quotas ne pouvait que lui être dommageable.

Il était aussi dans l’intérêt des Européens de maintenir des liens aussi étroits que possible avec leur ancien partenaire. Pour maintenir un flux d’échange élevé et surtout pour éviter que s’épanouisse à leur porte un possible concurrent déloyal, si aucune règle n’encadrait leurs relations mutuelles. Un « no deal » aurait aussi coûté aux deux camps une partie de leur crédit politique, s’ils s’étaient montrés incapables de trouver un terrain d’entente.

Irruption du Covid-19

Ces évidences ont mis du temps à s’imposer. Il a fallu pour cela dégonfler la bulle des ego et des idéologies. Boris Johnson s’était enfermé dans son discours souverainiste sur le rejet de la tutelle bruxelloise et la reprise en main de ses frontières, de ses normes et de ses eaux au point de sembler s’aveugler sur les intérêts de son pays. Il aurait aimé poser pour la postérité aux côtés de pêcheurs écossais, fiers de recouvrer la souveraineté sur leurs eaux poissonneuses… en oubliant que lesdits pêcheurs ont besoin des entreprises et du marché européens pour valoriser leurs produits et les vendre.

Les circonstances ont largement aidé à la conversion de l’imprévisible Premier ministre britannique. L’irruption du Covid-19 qu’il a géré avec le même dilettantisme que ses négociations avec Bruxelles a affaibli son leadership. L’économie s’enfonce dans la crise économique qu’une sortie sans accord de l’Union européenne aurait rendue plus catastrophique encore.

Le désordre créé il y a quelques jours autour du port de Douvres après le blocus sanitaire imposé par l’Europe, a eu des airs prémonitoires de ce que serait la nouvelle donne aux frontières extérieures de l’île si aucun accord n’était mis en place pour fluidifier le trafic des poids lourds et des marchandises. La puissance des faits a fini par balayer les dogmatismes.



A lire aussi

Laisser un commentaire