Billet – Une nouvelle page pour les médias au Burundi ? – IWACU


Le regard et le sourire de Dylan, le fils de notre collègue Agnès Ndirubusa qui retrouve sa maman après 430 jours de séparation, résument tout ce que les journalistes, les familles et les amis d’Iwacu ressentent en ce moment : le soulagement, la joie, l’espoir.

« On vient du gouffre », a raconté, émue, Agnès Ndirubusa. En effet, on ne peut qu’imaginer ce qu’ils ont vécu depuis ce 22 octobre 2019 quand ils sont arrêtés à Bubanza, avant même d’avoir commencé leur reportage. Ils ont connu l’humiliation, la violence physique, comme cette puissante gifle assénée gratuitement par un policier à Christine. On ne peut qu’imaginer la torture de ces 72 heures, enfermés dans un cachot communal, nauséabond. Si bien que le transfert vers la prison de Bubanza sera paradoxalement vécu comme une sorte délivrance.

Puis, la machine judiciaire s’est emballée, avec une accusation grave : « Atteinte à la sureté intérieure de l’Etat », pour laquelle ils risquaient la prison à vie.

Ils ont connu le cachot, la prison, les tribunaux, la peur. Il y a eu la première condamnation, l’ appel de nos avocats. L’espoir. Je les revois dans l’uniforme vert infamant des prisonniers, écoutant abasourdis le verdict d’une Justice qui avait trouvé une accusation imparable : « une tentative impossible ». « Il y a tentative impossible lorsqu’un délinquant en puissance a fait tout ce qui était en son pouvoir pour commettre une infraction, alors que celle-ci ne pouvait se réaliser par suite d’une impossibilité qu’il ignorait ».

Puis, les portes de la prison de Bubanza se sont refermées sur eux. Pendant 430 jours. Nos collègues et nous-mêmes étions résignés quand le président de la République a répondu favorablement à la demande d’une grâce introduite par nos collègues.

Nous rendons hommage au Président de la République pour ce geste qui l’honore. Nous prenons cette occasion pour remercier aussi tous ceux qui nous ont soutenus. Au Burundi comme à l’étranger.

Avec la disparition de Jean Bigirimana en juillet 2016, ces 430 jours de prison pour nos collègues ont été une autre épreuve. Mais elle a affermi notre engagement.

Nous continuerons à faire notre travail avec conviction, dans le respect de la loi et l’éthique de notre métier. C’est notre contribution à l’édification d’un Burundi ouvert, apaisé, démocratique.

Il ne sert à rien de ressasser le passé. Je crois dans la force des symboles. Que ce Noël 2020 soit une renaissance, qu’il signe le dégel et le début d’une nouvelle histoire pour les médias au Burundi. Nous y gagnerons tous.



burundinews

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