Brexit : comment Johnson compte faire de l’accord une victoire à mettre à son crédit



Publié le 24 déc. 2020 à 16:33Mis à jour le 24 déc. 2020 à 18:18

Les Européens, Français en tête, ont beau crier victoire depuis mercredi soir en se félicitant des dernières concessions arrachées à Londres sur la pêche, ce n’est pas pour autant que l’accord sur l’après-Brexit est une défaite des Anglais. La conclusion d’un « deal » est même une véritable aubaine politique pour Boris Johnson, qui devrait dans les heures qui viennent avoir à coeur de la présenter comme une victoire britannique. Et à en juger par l’air du temps à Londres, il ne devrait pas avoir trop de mal à en faire un véritable succès.

Qu’importe que le gouvernement ait lâché sur tel ou tel point dans la dernière ligne droite, ou même le contenu exact d’un accord que personne ne lira de toute façon in extenso avant de mettre ce jeudi soir au four la dinde de Noël : le Premier ministre aura beau jeu d’insister sur la conclusion d’un accord in extremis, qui sauve grâce à lui le pays des affres d’un « no deal ». Et lui permet de tenir sa promesse des dernières législatives de décembre 2019 : « get Brexit done », si possible avec un « deal ».

Situation favorable

« Boris Johnson a tout au long de la négociation opposé ‘deal’ et ‘no deal’, si bien que les Britanniques ne peuvent que lui être reconnaissants de la conclusion d’un accord, un scénario qui est en soi bien plus avantageux », décrypte le politologue Tim Bale, de l’Université Queen Mary. Il en aurait été tout autrement s’il avait d’emblée exclu le scénario d’un « no deal » : les Britanniques auraient alors sans doute été davantage tentés de comparer… un bon accord à un mauvais.

Le gouvernement britannique aura aussi à coeur de montrer qu’il a moins souvent lâché dans la négociation qu’il n’a par ailleurs gagné. Signe que la guerre du « spin » ne fait que commencer, un document interne au camp britannique, d’abord cité par le site Guido Fawkes, puis confirmé par Londres, comptabilise ainsi les 28 points de l’accord sur lesquels Boris Johnson l’aurait emporté face à Bruxelles, contre seulement 11 victoires pour l’UE et 26 sujets de compromis !

Quel que soit le réel vainqueur de la négociation, la situation actuelle joue pour le Premier ministre. Non seulement à la veille de Noël, aucun groupe de pression outre-Manche ne sera véritablement en mesure de décortiquer le texte de l’accord pour en souligner les éventuels défauts avant la semaine prochaine, mais la presse de droite eurosceptique, du « Daily Mail » au « Daily Express » en passant par le « Sun », semblait ces derniers jours dithyrambique sur l’exploit consistant pour le gouvernement à arracher un accord sur le fil.

Un avantage qui pourrait être de courte durée

Les députés Brexiters conservateurs semblent eux aussi favorables à l’accord. Il faut dire que le Premier ministre n’a pas ménagé sa peine ces dernières semaines pour les amadouer, quitte à accentuer la dramaturgie pour se poser en gardien de leurs intérêts, et à jouer des mêmes recettes que celles qui ont fait son succès pour faire adopter au Parlement l’accord de retrait de l’an dernier : affecter d’abord une grande fermeté vis-à-vis de l’UE, lâcher ensuite du lest pour décrocher un compromis, puis le présenter comme un succès diplomatique à mettre à son crédit. 

Pour montrer combien il s’est investi, des photos l’ont mis en scène, ces derniers jours, dans la pénombre de son bureau, suspendu au téléphone avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ou en train de monter l’échelle de son jet pour aller discuter en direct avec elle à Bruxelles. « Il sera très très facile à Boris Johnson de faire passer l’accord au Parlement britannique, résume Anand Menon, le directeur du think tank UK in a Changing Europe. Ses chances de succès sont d’autant plus fortes que l’opposition travailliste ne compte pas voter contre ».

Reste à voir dans quelle mesure le Premier ministre britannique, durement critiqué ces derniers jours sur sa gestion de la pandémie , pourra durablement profiter du capital politique que lui offre un accord avec Bruxelles sur le Brexit. « L’effet bénéfique de l’accord ne devrait être que temporaire, et il ne devrait pas suffire à apaiser l’inquiétude voire la colère des Britanniques sur la deuxième vague de l’épidémie et la nouvelle variante du virus », estime Tim Bale. Un sujet selon lui d’autant plus embarrassant pour Boris Johnson qu’il soulève de nouveau, après le récent reconfinement de Londres et du Sud-Est de l’Angleterre, des questions sur la compétence de son gouvernement.



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