Brexit : un accord bénéfique pour l’économie française



Publié le 24 déc. 2020 à 16:00

« Pas d’accord à tout prix ». Lundi soir, au Quai d’Orsay, Clément Beaune, le ministre des affaires européennes, défendait la fermeté européenne. Mais dans les faits, mieux vaut un accord que pas d’accord du tout. Pour le Royaume-Uni, mais aussi pour la France. Déjà parce que la probabilité d’une pagaille début janvier s’en trouve réduite. Et ce n’est pas rien.

L a fermeture des frontières entre la France et les côtes anglaises pendant 48 heures à la suite de la découverte d’une mutation du Covid-19 en début de semaine a donné un avant-goût de ce à quoi pourrait ressembler un « no deal ». Plus de 17.000 camions en attente à Douvres et des usines fermées sur le continent, comme celle de Toyota à Valenciennes qui utilise certaines pièces produites en Grande-Bretagne.

Intégration forte

L’intégration du Royaume-Uni aux chaînes de valeur européennes est en effet important. Et la France est le passage obligé des marchandises et des passagers : 80 % du trafic transmanche passe par l’Hexagone, 5 millions de camions arrivent à Calais chaque année et 30 millions de passagers arrivent en France en provenance du Royaume-Uni.

Un accord n’empêchera pas le rétablissement des contrôles des marchandises franchissant la frontière et les échanges entre le Royaume-Uni et l’UE seront nécessairement moins fluides qu’avant le Brexit. Mais il n’y aura pas de blocage complet. Sans accord, l’Union européenne aurait mis des barrières à l’entrée des produits britanniques en commençant par la mise en place des droits de douane selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), puis progressivement serait passée à des barrières non tarifaires, résultant de divergences de normes et de réglementations.

Premier excédent commercial français

La France ne peut que gagner avec le « deal » que les deux parties ont trouvé. Les Britanniques sont un partenaire commercial de premier plan pour l’Hexagone . Environ 120.000 entreprises françaises importent ou exportent des services ou des biens de l’autre côté de la Manche. L’an dernier, la France a exporté 34 milliards d’euros de bien en Grande-Bretagne et en a importé un peu plus de 21 milliards d’euros. L’accord devrait éviter des droits de douane prohibitifs sur ces marchandises et donc une désorganisation complète des chaînes de valeur, notamment dans l’aéronautique, l’automobile et la pharmacie.

Autre point, le Royaume-Uni continuera à être un débouché important pour l’industrie agroalimentaire française qui a vendu 4,5 milliards d’euros de marchandises l’an passé aux Britanniques. Bref, l’accord est le bienvenu pour la France qui réalise avec son voisin son excédent commercial bilatéral le plus important. Il dépassait 12 milliards d’euros l’an passé. Certes, dans certains secteurs, comme la finance ou la pêche, l’accord peut avoir des conséquences moins positives mais celles-ci auraient probablement été plus négatives sans « deal ».

La Banque de France estimait ainsi, dans ses dernières prévisions, qu’un accord trouvé avant le 31 décembre aurait un impact positif de 0,2 point de PIB pour l’économie hexagonale en 2021. En revanche, un « no deal » amputerait la croissance française d’autant l’an prochain. Sans compter que Boris Johnson sera peut-être moins enclin à construire son « Singapour-sur-Tamise », en baissant les taxes sur les entreprises, avec un accord. La perspective d’avoir un paradis fiscal à 35 km des côtes françaises n’aurait pas été des plus réjouissantes à terme.



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