Augusto Santos Silva : « Il est temps de passer à l’action et de mettre en marche le programme de relance européen »



Publié le 30 déc. 2020 à 7:30

La Portugal prend la présidence du Conseil européen à partir du 1er janvier. Comment s’ouvre ce semestre ?

Nous avons des dossiers très présents sur la table, comme le Brexit, puisque l’approbation définitive du Parlement européen pourra être effective en janvier ou février prochain. Mais l’essentiel de notre tâche sera de concrétiser les décisions qui ont été prises durant le semestre précédent, comme le cadre financier pluriannuel 2021-2027. Avec l’ambition que d’ici à la fin du semestre, tous les règlements des différents programmes du cadre financier soient mis en place. Nous comptons aussi accélérer le processus d’approbation des plans nationaux de réformes et d’investissements liés au programme Next Generation, pour permettre aux fonds d’arriver au plus vite sur le terrain.

Quelles seront les priorités de la présidence portugaise ?

Les deux mots-clés seront concrétiser et réformer. Concrétiser, car il est temps de passer à l’action, de mettre en oeuvre les décisions prises par l’UE depuis juillet dernier et de mettre en marche le programme de relance . Et réformer aussi, car il va s’agir en même temps de poursuivre l’agenda stratégique européen défini en 2019, pour avancer vers la double transition verte et numérique . Nous allons, à la fois, mettre sur les rails la reprise et la transformation de l’économie comme de la société européenne, plus engagée dans l’action climatique et la décarbonisation, en profitant aussi de l’élan pour accélérer le passage au numérique tant dans l’économie que dans l’éducation, la formation ou l’administration publique.

Vous avez aussi prévu un sommet social en mai prochain…

Oui, nous voulons aussi mettre l’accent sur la dimension sociale de l’Europe , pour garantir aux citoyens qu’ils ne seront pas les perdants de cette double transition écologique et numérique. Nous préparons un sommet social à Porto en mai prochain, avec une conférence de haut niveau entre les institutions européennes, les Etats membres et les partenaires sociaux, ainsi qu’un Conseil européen informel, afin de définir ensemble une orientation politique et un plan d’action. Parler d’ un cadre européen sur le salaire minimum ne veut pas dire uniformiser, mais définir les critères de référence pour combattre la pauvreté parmi les travailleurs et nous devrions trouver des terrains d’entente, comme sur les questions d’aide à l’enfance ou de lutte contre les discriminations

Que comptez-vous faire en matière de politique migratoire ?

Nous voulons faire avancer le nouveau pacte pour les migrations proposé en octobre par la Commission, avec des mécanismes de solidarité flexibles, mais nous sommes conscients que c’est un dossier complexe qui divise les opinions publiques européennes. Nous voulons progresser en parallèle sur la question de la gestion du contrôle des frontières et la lutte contre les trafics, mais aussi sur l’organisation des formes légales de migration, ainsi que sur l’accueil et l’intégration des migrants dans nos sociétés et la coopération avec les pays d’origine et de transit des migrations. Nous ne pouvons pas laisser seuls les pays frontières, comme l’Italie, l’Espagne, Malte et la Grèce. Nous devons tous faire preuve de responsabilité et participer à un effort commun pour gérer nos frontières et accueillir.

Comment comptez-vous avancer vers une union pour la santé ?

La coordination pour la vaccination a été presque parfaite. Ursula von der Leyden a lancé le projet d’une union pour la santé et nous voulons progresser dans cette voie et concrétiser les propositions et la coordination. Pour l’instant l’Europe n’a que deux instruments communs, l’Agence du médicament et le Centre de contrôle des maladies (ECDC), qui ont bien joué leur rôle dans l’approbation des vaccins et dans la veille de la situation des pays face à la pandémie. Nous voulons avancer dans la coordination des mesures prises par les Etats membres et soutenir les investissements dans les services de santé nationaux.

Cela sera-t-il difficile de passer après la présidence allemande ?

Non, la formule des présidences à trois fonctionne très bien pour garantir la cohérence et la continuité. Ce sera d’autant plus simple que le Portugal et l’Allemagne ont des visions très proches sur la construction européenne. De fait, nous allons poursuivre et concrétiser ce que l’Allemagne a réussi à faire voter et avancer sur les questions en cours.

Qu’attendez-vous en matière de politique extérieure ?

L’important sera de ne pas perdre l’opportunité du changement de politique extérieure des Etats-Unis . Nous allons approfondir nos convergences sur la question de l’Otan, les politiques multilatérales et les accords internationaux, dont évidemment l’Accord de Paris sur l’agenda climatique. Et nous allons pouvoir discuter de nos divergences en tant qu’amis et non plus adversaires, sur le dossier des grandes entreprises technologiques notamment.

La pandémie a-t-elle eu un effet rassembleur pour les citoyens européens ?

Oui, elle nous a fait sentir très petits et très faibles, surtout si on est seul. Je parle du point de vue du Portugal, mais cela vaut aussi de la Belgique, la Grèce, la République Tchèque ou la Slovaquie. Il aurait été difficile d’avoir un accès si rapide au vaccin, et de financer la relance. On constate que la pandémie a accéléré la prise de décisions et débloqué certains sujets qui étaient en débat depuis longtemps, en matière de politiques sur le chômage ou bien de mutualisation de la dette notamment . La pandémie nous montre qu’on est plus fort au sein d’une union et que la source humaniste et rationaliste de notre culture européenne est un atout. Elle met en valeur le langage commun européen, cette vision du monde que nous partageons, l’importance que nous donnons aux services publics de santé ou à la cohésion sociale dans nos instruments de lutte contre la crise.



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