Après le Brexit, l’Europe condamnée à avancer



Publié le 31 déc. 2020 à 8:30Mis à jour le 31 déc. 2020 à 9:00

La fin d’un cycle, mais aussi le début d’un autre. Après 47 ans de vie commune, et au terme d’une période de transition qui aura fait durer un an de plus le statu quo, le Royaume-Uni s’apprête, pour de bon, à quitter ce jeudi soir l’Union européenne.

Une rupture historique largement anticipée puisqu’elle intervient plus de quatre ans après le référendum par lequel les Britanniques avaient décidé, à une majorité de presque 52 % , de larguer les amarres. Mais qui constitue un choc psychologique important dans une Union européenne que personne, jusqu’alors, n’avait osé quitter.

Tourner la page

En quatre ans, les esprits ont toutefois évolué en Europe. Si le sens du tragique n’a pas quitté les Européens devant un divorce qui ampute l’Union européenne de l’un de ses membres les plus puissants, la tonalité a changé. Les suppliques parfois adressées à Londres pour qu’elle change d’avis et les fantasmes d’un nouveau référendum ont peu à peu cédé la place au souhait de pouvoir enfin tourner la page.

Une situation qui découle, d’abord, de la dureté des deux négociations que les Vingt-Sept ont menées avec Londres – sur les conditions du divorce d’abord, puis sur les termes de la relation future. Mais aussi, du sentiment que l’Union européenne doit désormais « prendre son destin en main », selon la formule d’Angela Merkel , plutôt que de se laisser éternellement happer par un Brexit déjà relégué au passé. 

De fait, dans son fonctionnement quotidien, l’Union européenne a déjà tourné la page. La place laissée vacante par les Britanniques dans les institutions européennes a en partie été reprise par les Pays-Bas, fers de lance décomplexés d’une approche libérale du projet européen. Autour de ces derniers s’est constitué un axe des pays autoproclamés « frugaux » , réticents à mutualiser les risques financiers et capables de peser lourd dans les négociations européennes. 

Plus qu’un simple marché

Après une période de flottement, le couple franco-allemand, quant à lui, s’est resserré . « Cela faisait très longtemps que je n’avais pas vu une telle dynamique entre Paris et Berlin », avoue un vieux routier de la machine européenne. La manifestation la plus notable de cette évolution a été donnée en juillet dernier lorsque les Vingt-Sept, poussés par Paris et Berlin, ont fini par accoucher d’un plan de relance historique.

Soudain, ceux-là mêmes qui s’étaient âprement battus, quelques mois plus tôt, autour d’un projet de budget de la zone euro finalement presque vidé de sa substance, tombaient d’accord pour s’endetter collectivement de façon massive et, surtout, pour répartir le fruit de cet endettement de manière solidaire. 

Autonomie stratégique

Autre symptôme d’une Union européenne décidée à dépasser le statut de simple marché pour devenir un véritable acteur politique : les débats autour de la notion d’autonomie stratégique se sont installés dans le paysage, à Bruxelles et dans les capitales. Encore loin de mettre tout le monde d’accord, notamment dans le rapport qu’implique une telle notion à l’égard de Washington, cette réflexion s’accompagne d’un embryon d’ambition en matière de défense. En témoigne le lancement d’un Fonds européen de défense qui, pour la première fois de l’histoire de l’UE, va mobiliser des fonds européens pour cofinancer des coopérations entre entreprises européennes en matière de défense. 

Un Brexit facilitateur

Ce sont, d’abord, les nécessités historiques qui poussent les Européens à entamer cette mue : face à une instabilité mondiale à la hausse, à une confrontation sino-américaine de plus en plus tendue, et une pandémie d’une ampleur sans précédent, le statu quo aurait été synonyme de recul. Mais le Brexit, en un sens, pourrait avoir été un facilitateur. Non seulement en délestant l’UE d’un pays traditionnellement opposé aux ambitions politiques européennes.

Mais aussi en occasionnant une négociation qui, à la surprise des Européens eux-mêmes, s’est révélée fédératrice . Là où les Vingt-Sept redoutaient d’étaler leurs divisions, ils ont découvert que ce qui les unissait était plus puissant que ce qui les opposait. En la quittant, le Royaume-Uni laisse une union moins puissante arithmétiquement, mais peut-être un peu plus soudée.



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