Brexit : Boris Johnson au défi de démontrer les avantages d’une souveraineté retrouvée



Publié le 31 déc. 2020 à 7:45Mis à jour le 31 déc. 2020 à 9:04

Quatre ans et demi après avoir voté pour le Brexit, les Britanniques vont enfin pouvoir tourner la page, et profiter de la liberté que leur offre le retour de leur pleine et entière souveraineté. Mais pour quoi faire ?

Au-delà de la simple revendication identitaire, l’essentiel reste à faire pour s’inventer un avenir en dehors de l’UE. Avec à la barre comme capitaine un Boris Johnson dont le destin politique est désormais indissociable du Brexit : non seulement il l’a inspiré par la campagne de 2016, mais il l’a réalisé avec l’accord de retrait signé avec Bruxelles l’an dernier , puis l’accord sur la relation future qui vient d’être arraché. Et il va désormais l’incarner en le pilotant pour décider comment en tirer parti, au moins jusqu’aux prochaines législatives du printemps 2024, autrement dit sur les trois prochaines années.

« Nous allons devenir un voisin amical, le meilleur ami et allié que l’UE puisse avoir, en travaillant main dans la main quand nos valeurs et intérêts coïncident tout en respectant le désir souverain du peuple britannique de vivre sous nos propres lois », a déclaré mercredi le Premier ministre à la Chambre des communes, avant que les députés ne plébiscitent sans surprise l’accord sur la relation post-Brexit avec l’UE par 521 voix contre 73. Pas sûr néanmoins que cette relation soit un long fleuve tranquille, tant Londres risque désormais d’avoir à coeur de montrer son indépendance. Au moins celle-ci sera-t-elle encadrée, pour éviter les distorsions de concurrence entre les deux rives de la Manche.

Réarrimer le nord et le centre de l’Angleterre

Même si les notes restent à écrire, la partition qu’entend jouer le dirigeant conservateur est simple. Il s’agit d’abord de réarrimer au reste du pays les zones désindustrialisées du nord et du centre de l’Angleterre , qu’il a ravies aux travaillistes aux législatives de décembre dernier et qu’il souhaite désormais conserver. Il compte ainsi investir dans les infrastructures, même si les énormes dépenses liées au soutien de l’activité face aux mesures de restriction liées au Covid ont largement limité les marges de manoeuvre budgétaires, et qu’une hausse d’impôts ne pourra sans doute pas être évitée.

Il entend ensuite faire preuve d’agilité, par exemple pour donner à certains ports de la côte Est un statut de ports francs ou pour alléger certaines des contraintes réglementaires qui pèsent à cause de l’UE sur les banques de la City. Il aura beau jeu de dire qu’il les adapte à la spécificité de ses services financiers – un secteur resté en dehors du champ de l’accord sur la relation future, et qui doit faire l’objet d’un nouveau protocole d’accord d’ici à mars .

Risque de poussée indépendantiste en Ecosse

Il entend enfin mettre les bouchées doubles sur certains sujets emblématiques, comme la défense de la cause animale, l’énergie éolienne ou encore la protection de l’environnement, alors qu’il accueille l’année prochaine la COP26, la grande conférence de l’ONU contre le changement climatique, et que l’élection de Joe Biden lui offre un boulevard pour avancer sur ce front main dans la main avec les Etats-Unis.

Mais au pays du Brexit, tout n’est pas qu’affaire de nouvelles opportunités. La sortie de l’UE pourrait aussi raviver la menace d’une poussée de l’indépendantisme en Ecosse , où le Brexit s’est fait contre l’avis de la majorité. « Il est temps de tracer notre propre avenir de nation indépendante et européenne », a immédiatement réagi Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise et chef de file du parti indépendantiste SNP, à l’annonce de l’accord sur la relation future. Un nouvel avertissement lancé à Boris Johnson, alors que des législatives se préparent au Parlement d’Edimbourg en mai, et que le SNP entend bien en profiter pour renforcer son assise… afin de mieux pousser ensuite un nouveau référendum sur l’indépendance écossaise.



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