BURKINA-USA : “De manière pacifique, les élections ont suivi l’ordre constitutionnel”, J. Peter Pham, l’envoyé spécial des États-Unis à l’investiture du président du Faso


Lefaso.net a tendu son micro à l’envoyé spécial des États-Unis pour la région du Sahel, J. Peter Pham, le 28 décembre 2020, à Ouagadougou, venu assister à l’investiture du Président du Faso, Roch Kaboré. J. Peter Pham est revenu sur la dynamique des nouvelles relations de partenariat entre son pays et le Burkina Faso, notamment les enjeux sécuritaires et économiques.

Lefaso.net : En quoi consiste votre visite au Burkina Faso ?

J. Peter Pham : C’est un honneur pour moi d’être ici, en ce moment. Non seulement en tant qu’envoyé spécial des USA dans la région du Sahel, mais aussi en tant que représentant désigné par le Président Donald Trump, à la tête d’une délégation américaine. Ceci, pour honorer les élections démocratiques, pacifiques au Burkina Faso. Mais aussi, saluer le partenariat bilatéral et les efforts qui sont faits par nos deux pays. Je suis donc venu non en ma qualité d’envoyé spécial des USA pour le Sahel, mais en tant que délégué du Président Donald Trump pour l’investiture du président du Faso.

Comment avez-vous vécu les élections burkinabè en terre américaine ?

Nous avons suivi ces élections. Et, connaissant l’histoire, c’est la deuxième élection démocratique toujours dans le respect de l’ordre démocratique et le respect de l’ordre constitutionnel. Mais surtout, nous reconnaissons les défis particuliers qui sont ici, au Faso, surtout la violence, les déplacements de personnes, de crises humanitaires, les conflits.

Avec tous ces défis, nous remarquons que de manière pacifique, les élections ont suivi l’ordre constitutionnel. Tout d’abord, c’est une chose importante, surtout dans cette région de l’Afrique de l’Ouest. C’est une confirmation de la volonté que nous avons aux USA de construire ensemble avec les Burkinabè, un partenariat solide et fort. Un partenariat fondé sur la coopération sécuritaire, diplomatique, économique et axé sur le développement.

Quelle est la nouvelle politique américaine vis-à-vis du Burkina ?

Nous reconnaissons l’importance de la sécurité. Mais bien avant 2014, la coopération bilatérale en matière de sécurité était déjà importante. Nous reconnaissons dans notre politique étrangère au Sahel, que la violence, l’extrémisme sont des symptômes d’une maladie et pas la maladie. Je viens du monde académique et je peux affirmer que cela vient d’une crise de légitimité de l’État, de la bonne gouvernance, l’inclusivité. Toutes ces choses sont liées. Il faut que les États soient légitimes aux yeux des citoyens et qu’ils puissent leur fournir des services de protection d’un niveau de vie digne de l’espèce humaine. Notre contribution se situe à ce niveau.

Oui, on doit aider à lutter contre le terrorisme, l’extrémisme violent. Mais il faut intégrer la mauvaise gouvernance, le manque de services, de l’éducation, l’accès à la santé et à l’eau potable. C’est pourquoi nous avons choisi d’investir dans la coopération militaire avec le Burkina Faso, mais aussi dans le développement.

C’est aussi pourquoi nous avons signé le nouveau Compact du Millénium Challenge Corporation d’un demi-milliard de dollars pour les cinq prochaines années qui sera investi dans l’accès à l’énergie viable et à bon marché, de sorte à doubler la population au Burkina qui a accès à l’énergie. C’est une question de croissance économique et de développement.

D’aucuns pensent que vos partenaires français engagés au Sahel pour amener la sécurité ont échoué. Quel sera votre apport différencié pour relever le défi ?

Bien sûr avec les Français les perspectives sont différentes. Nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes objectifs, mais les perspectives sont différentes. Bien sûr les Français sont plus proches géographiquement d’ici que nous ; peut-être que nous avons le luxe d’avoir une perspective plus longue. Mais je ne suis pas ici pour critiquer nos amis les Français.

Notre perspective unique, durable et fiable est de voir la paix dans le monde et de traiter les vraies racines de la crise sahélienne. Oui, il existe un élément sécuritaire ; bien sûr nos alliés ont une contribution assez importante que nous soutenons. Bien sûr, les contributions militaires et sécuritaires que nos amis français portent à la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme sont importantes. Mais au fond, ce sont bien les difficultés économiques, la mauvaise gouvernance, sans oublier l’exclusion, qui sont les vraies sources des crises sahéliennes. Il faut une approche globale, bien sûr, avec une dimension sécuritaire.

En décembre 2015, le G5 Sahel prévoyait une opération offensive de grande envergure depuis les frontières des États jusqu’au bastions des groupes armés. Cette tactique est-elle encore efficace aujourd’hui ?

L’approche sécuritaire à son rôle. Je ne nie pas le rôle et le sacrifice des militaires burkinabè. Mais il faut que les militaires puissent ouvrir un espace géographique et politique qui puisse être occupé par quelque chose. Je salue les efforts des forces conjointes de G5 Sahel qui arrivent à des succès, mais il faut aussi augmenter et assurer les capacités des villes dans les pays du G5-Sahel. Il faut des capacités et des actions pour soutenir la croissance économique et le développement socio-humains.

A l’origine de la crise sahélienne, le lien était fait avec le chaos libyen. Avec le recul, quelle lecture en faites-vous ?

D’un point de vue historique on peut reconnaître que tout ceci a été déclenché par la crise libyenne. Mais aussi que ces mouvements radicaux extrémistes ont rencontré un succès à cause de l’exclusion de certaines populations, de certaines communautés, à cause des exactions, la violation des droits. Tout cela a contribué au succès de certains mouvements, malheureusement. Il faut retenir que la crise libyenne a déclenché les choses, mais que tout ceci a été favorisé par la continuation de certaines choses.

On parle d’élévation politique de la femme burkinabè. Quelle en est votre analyse ?

Sans la contribution, sans la voix des femmes, il est presqu’impossible d’avoir le développement, des succès économiques et bien sûr le succès contre l’extrémisme. Il saluer les efforts qui sont faits depuis plusieurs années ici, contre les abus à l’égard des femmes, les mutilations. Nous soutenons et continuons à soutenir ces efforts. Récemment, l’USAID a décidé des projets dans la région des trois frontières dans l’agriculture et l’élevage. Cela est très important dans une approche de paix.

On parle d’écoles détruites et d’hôpitaux fermés. Quel sera la contribution des USA ?

Du point de vue des perspectives bilatérales, les USA sont les premiers partenaires au Burkina Faso, soit dans le domaine sécuritaire, celui de l’assistance humanitaire, les réfugiés, la santé, mais aussi dans le développement. On a fait un programme de 200 millions de dollars pour la résilience ici pour aider les communautés.

On parle de plus de plus de la percée russe au Sahel. Comment la percevez-vous ?

Je viens du monde académique. De métier, je suis professeur d’université, je suis diplomate par hasard. Je me place dans une perspective à longue durée. Il faut se demander qui sont les vrais partenaires ? Je ne parle contre aucun pays. Nous sommes ici depuis longtemps pour soutenir le développement du pays et nous serons ici demain aussi. Les gens viennent et vont. Je laisse les Burkinabè décider qui sont leurs vrais amis.

En matière d’investissement économique, on parle plus de la Chine. Quel est votre regard ?

Je respecte les dirigeants. Les Burkinabè peuvent décider d’eux-mêmes qui sont les investisseurs pour la longue durée, et prennent en compte le social. L’approche américaine est plus exhaustive, de longue durée. Nous sommes fiers de l’approche américaine en matière de développement.

Les USA entendent-ils contribuer à la formation professionnelle des Burkinabè dans des domaines de pointes comme l’intelligence artificielle, l’informatique, etc.?

Il y a de cela un mois, on a lancé une initiative pour la sécurité du réseau du gouvernement, avec à la tête, une société américaine CISCO. Nous avons fait notre contribution pour développer ici, vos infrastructures informatiques. L’Amérique est déjà investie avec les formations du MCC. Il y aura beaucoup d’opportunités dans les années à venir.

Le non-retour du Corps de la Paix américain au Burkina Faso indique-t-il que vous croyez à une absence de paix durable ?

On doit toujours équilibrer les choses. Bien sûr, le Corps de la Paix a apporté une grande contribution, pas seulement dans le sens concret. Mais aussi, dans celui de l’amitié, le bien du monde. Nous sommes aussi attentifs à la sécurité des volontaires aussi, c’est la réalité du monde dans lequel nous vivons.

Il est inscrit dans le corpus juridique américain les droits des LGBTQ. Allez-vous, dans le cadre des partenariats de financements avec le Burkina Faso, imposer ce pan ?

Nous n’imposons jamais les choses. Mais nous pouvons partager les expériences. Notre expérience en tant que pays de diversités ; notre force réside dans notre diversité. Moi-même, je suis fils d’immigré, et je suis ambassadeur des Etats-Unis. Tout est possible. Nous sommes différents des autres. Nous avons une grande diversité d’ethnies et de religion. C’est notre expérience et c’est cela qui fait notre force. Nous partageons notre expérience, mais ce n’est pas notre rôle d’imposer. Nous partageons notre expérience positive de ces choses.

Avez-vous un dernier message ?

Je suis venu honorer le peuple burkinabè, mais aussi le Président Roch Kaboré pour son deuxième mandat. Il est un partenaire privilégié et nous saluons le sacrifice du peuple burkinabè pour la démocratie au Faso. Je salue votre ambition au développement et à la sécurité. Je suis venu montrer notre soutien, notre partenariat et l’importance que les Etats-Unis portent au peuple burkinabè.

Interview réalisée par Kamboissoa Samboé

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