Britanniques, arrêtez de vous sous-estimer !



Certes, le Royaume-Uni traverse une période de fortes turbulences, propice au pessimisme et à l’autoflagellation. Mais depuis le début du règne d’Élisabeth II, les Britanniques ont toujours su se relever, souligne ce journaliste de renom. Et cette fois encore, tout est réuni pour que le pays reparte de l’avant, à condition que ses habitants se réconcilient avec lui. Et entre eux.

Les nations, comme les individus, peuvent perdre confiance en elles. De la réputation de la famille royale impitoyablement taillée en pièces par The Crown à la torture des derniers pourparlers avec l’Union européenne (UE), en passant par les remontrances sur le déclin national assénées par d’anciens dirigeants, on dirait que notre pays ne peut plus se voir en peinture.

Si c’est le cas, c’est en partie parce que le Brexit a déformé le débat politique. Plus notre exubérant Premier ministre et ses plus zélés partisans du Brexit proclamaient notre statut de grande puissance internationale à la prospérité insolente, plus les pessimistes voyaient avec netteté l’image d’un pays porté à l’autodestruction, s’enfonçant chaque jour un peu plus dans la pauvreté, l’humiliation et l’oubli.

Chaque camp se renvoie des statistiques dans l’hystérie la plus totale. Regardez combien de Prix Nobel nous avons, et nos dépenses dans la science pendant le Covid-19, regardez ! Oui, mais vous oubliez combien notre taux de mortalité est atroce par rapport aux autres pays – nous sommes le 5e plus grand exportateur en pourcentage du PIB. Certes, mais nous perdons du terrain dans d’autres domaines. Et que penser de notre PIB par habitant et du pourcentage de la population en grande précarité ? Oui, d’accord, mais. Peut-être, mais. Le débat n’en finit plus.

L’histoire, une alliée précieuse

Dans tout ce tumulte, prendre du recul apparaît presque impossible. Et c’est d’autant plus inquiétant qu’historiquement les pays qui ne croient plus en eux ou qui perdent le sentiment de leur valeur vont tout droit vers la guerre civile.

À moins d’avoir essuyé une défaite cuisante lors d’un conflit militaire, les pays accusent rarement les autres pays de leurs infortunes ; ils se retournent toujours vers les traîtres et autres élites arrogantes à l’intérieur de leurs frontières. Le fiel commence à se répandre. Les clans se forment. Les discours s’enveniment, l’atmosphère s’appesantit. Il suffit de regarder les récents événements aux États-Unis pour comprendre ce qui se passera si nous nous laissons entraîner sur cette pente glissante.

Afin de prendre du recul, l’histoire nous est d’une aide précieuse. Alors que je préparais une série d’émissions sur les changements de mentalités sous le règne d’Élisabeth II, j’ai parcouru les éditions du Times de l’année 1952, date de son retour du Kenya après la mort de son père. Nous avons tendance à considérer les années 1950 comme une période calme, rassurante, presque un âge d’or. Cette lecture a été salutaire à bien des égards.

Des périodes sombres désormais chéries

En janvier 1952, le quotidien s’alarmait de l’état des réserves en or et en dollars qui étaient au plus bas et prédisait une “catastrophe” après la pire crise de la livre depuis la guerre. Et de continuer : “À ce rythme-là, dans neuf mois, les dernières réserves d’or auront complètement fondu.”

Le budget voté au Parlement cherchait à réduire drastiquement les importations et ordonnait aux entreprises britanniques de ne vendre aux Britanniques qu’une part fixe de leur production. C’était une mesure extrême, liée à la peur de la banqueroute. L’homme d’État français Édouard Daladier s’était d’ailleurs plaint auprès de son ami Winston Churchill de l’interdiction

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Andrew Marr

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L’auteur

Andrew Marr est un intervieweur vedette de la BBC. Il présente depuis 2005 une émission matinale chaque dimanche sur la chaîne de télévision BBC1, dans laquelle il reçoit les responsables politiques britanniques. Diplômé de Cambridge, ce journaliste de 61 ans a participé au lancement du quotidien The Independent en 1986, avant de travailler entre autres pour The Express, The Observer, The Economist, et de rejoindre la radio-télévision publique en 2000. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire récente du Royaume-Uni dont le dernier, Élisabéthains. Comment s’est créée la Grande-Bretagne moderne [inédit en français], a paru en octobre 2020. Il n’a jusqu’à présent jamais donné d’indication sur la nature de son vote lors du référendum de 2016.

Source

Fondé en 1822, il a fusionné avec The Times en 1967. L’enfant chéri de Rupert Murdoch est aujourd’hui l’un des meilleurs journaux de qualité du dimanche, en tout cas le plus lu.
Comme les éditions dominicales des

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