Brexit : les entreprises françaises soulagées, mais préoccupées


Publié le 12 janv. 2021 à 7:00

Après la signature à la veille de Noël d’un accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne afin d’encadrer leurs relations futures, les patrons français installés à Londres sont évidemment soulagés. Mais ils sont aussi préoccupés par l’avenir, alors que les conséquences du Brexit sur leur activité restent encore incertaines, et que les défis s’annoncent nombreux. 

« Les entreprises françaises installées outre-Manche se sont certes préparées au choc, mais elles n’ont pu le faire que de manière théorique », explique Fabienne Viala, directrice générale de la filiale britannique de Bouygues Construction, et présidente de la Chambre de Commerce française de Grande-Bretagne. L’accord est non seulement resté incertain jusqu’à la dernière heure, mais le contenu de ses quelque 2.000 pages reste encore largement à analyser. Les entreprises ont pris les devants comme elles ont pu. « Chez Bouygues Construction UK, comme chez beaucoup d’autres, nous avons essayé d’anticiper les difficultés à la frontière en commandant les matériaux dont nous aurions impérativement besoin au premier trimestre, pour pouvoir les stocker avant la fin de l’année », raconte Fabienne Viala.

Le Covid au centre de l’attention

La préoccupation numéro un, désormais, est la surcharge administrative à supporter à cause des nouvelles formalités douanières , en particulier pour les entreprises qui font de l’import-export. Avec des ajustements à opérer pour la traiter, soit en embauchant, soit en sous-traitant à des sociétés de logistique. Mais les patrons français installés outre-Manche s’inquiètent aussi de perdre en flexibilité pour recruter. « La construction, par exemple, est un secteur qui compte beaucoup sur la main d’oeuvre étrangère, notamment issue des pays de l’UE, et nous n’aurons plus cette facilité de recrutement, au moins à court terme », illustre Fabienne Viala.

Même son de cloche côté start-up. « Aurons-nous autant accès aux talents que dans le cadre d’une ouverture complète ? », s’inquiète Raph Crouan, VC et président de la French Tech London. Est-ce que je pourrais toujours conduire au Royaume-Uni avec mon permis français ? De quel passeport auront besoin mes enfants ? Vais-je continuer à bénéficier des droits européens en termes de protection bancaire ? Mes factures de téléphone vont-elles augmenter ? Les questions se bousculent pour les start-uppers français. Se pose aussi celle du « plan B », autrement dit d’une solution pour s’adapter, par l’ouverture d’une filiale ou d’un bureau, voire un déménagement à la clé, en France ou ailleurs en Europe. 

Mais avec l’aggravation de la situation sanitaire et le troisième reconfinement de l’Angleterre qui vient d’être décrété , les patrons français n’ont pas seulement la tête au Brexit. « Le troisième lockdown prend, actuellement, toute la bande passante des patrons », résume Fabienne Viala. « Le contexte lié au Covid bloque tout le monde chez soi et offre peu de visibilité. J’ai un peu peur de la sortie de cette période de « stand still », à la fois post-Covid et post-Brexit », confie Raph Crouan.



A lire aussi

Laisser un commentaire