Tollé au Royaume-Uni après la distribution de colis alimentaires “insultants”



La faible quantité de denrées, censées nourrir les écoliers défavorisés pendant le confinement, a provoqué la colère de nombreux parents. Emmenée par le footballeur Marcus Rashford, habitué des luttes contre la précarité alimentaire, la fronde a fait plier le gouvernement. Les colis pourront prochainement être remplacés par des bons de 15 livres sterling.

“Deux pommes de terre, une boîte de baked beans, huit tranches de fromage, deux carottes, trois pommes, deux bananes, un petit sac de pâtes, une tomate, trois Frubes [une marque de yaourts en tube], deux Soreens [une marque de pain de malt] et du pain de mie.” Derrière cette liste, dressée par le New Statesman à partir d’une photo postée sur le réseau social Twitter, une vague d’indignation, outre-Manche. “Ce bien maigre gueuleton a été jugé suffisant pour nourrir un écolier” chaque midi pendant une semaine, constate l’hebdomadaire britannique.

Ces derniers jours, de nombreuses photos du même genre se sont retrouvées sur Internet et ont été relayées plusieurs milliers de fois. Toutes dénoncent des colis alimentaires trop peu fournis à destination d’élèves défavorisés. Habituellement bénéficiaires de repas gratuits le midi, quelque 1,4 million d’enfants anglais reçoivent actuellement les denrées directement chez eux, en raison du troisième confinement national et de la fermeture des écoles. “En temps normal, les écoles reçoivent des pouvoirs publics 11,50 livres (12,90 euros) par semaine pour fournir les déjeuners aux enfants défavorisés, contextualise The Spectator. Pendant le confinement, le montant s’élève à 15 livres (16,80 euros) et les établissements sont encouragés par le ministère de l’Éducation à payer des sous-traitants pour fournir des colis alimentaires.”

Un recours fréquent à la sous-traitance

Problème, le compte n’y est pas : sur la photo relayée par le New Statesman, par exemple, “les mêmes aliments n’auraient coûté que 5,22 livres en supermarché”. Le magazine de gauche s’interroge au passage sur la propension du gouvernement à faire appel à des entreprises privées pour fournir un service public depuis le début de la pandémie. Et ce, “parfois via des procédures opaques, pour des sociétés qui s’enrichissent en pleine crise.”

Le tollé, alimenté par le footballeur Marcus Rashford, est parvenu jusqu’à la Chambre des communes, mercredi 13 janvier. L’attaquant de Manchester United avait déjà réussi à obtenir le maintien des repas gratuits lors des vacances scolaires à deux reprises, l’année dernière, malgré un refus initial du gouvernement conservateur.

Marcus Rashford chef de l’opposition ?

Cette fois-ci, le partage sur son compte Twitter de photos transmises par les parents en colère a contraint le Premier ministre Boris Johnson à reconnaître le caractère “affligeant et insultant” des colis alimentaires. Résultat, les familles pourront bénéficier, à partir de la semaine prochaine, de bons de 15 livres. “Marcus Rashford vient d’inscrire un nouveau but contre le gouvernement”, s’amuse le quotidien The Guardian. Le journal classé à gauche se demande même si le jeune homme de 23 ans n’est pas devenu “plus utile que l’opposition travailliste quand il s’agit de faire rendre des comptes au gouvernement”. Sur une note plus sérieuse, le quotidien poursuit :

Au bout du compte, si la malnutrition continue d’être la pierre d’achoppement du gouvernement, c’est pour une raison fondamentale : le filet de protection sociale est bien trop mince pour empêcher les enfants d’avoir faim. L’exécutif continuera à être vulnérable face aux campagnes du footballeur tant que des parents ne pourront pas nourrir leurs enfants dans le Royaume-Uni du XXIe siècle.”

Et la prochaine campagne pourrait arriver très rapidement : jeudi, le gouvernement a exclu (pour le moment) de fournir des repas gratuits pendant les vacances de février.





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